LA RUE QUI S’ANIME !

Les animations de rue, c’est un dispositif emblématique ici au Neuhof. Des activités artistiques, culturelles, sportives, citoyennes, portées aux quatre coins d’un territoire au moment où tout s’arrête, à l’occasion des vacances notamment. Celles-ci se font à même les places publiques, avec cette volonté d’inventer pour mieux enchanter le quotidien des habitants du quartier. Une culture du pas de côté que nous partageons aussi à Django. Très vite, lorsque les tonnelles du CSC Neuhof pointent le bout de leurs nez, les jeunes de tous âges comprennent et se jettent vers elles. Avec le temps, une synergie forte s’est nouée entre Django et les animations de rue. Qu’il s’agisse de notre participation avec des ateliers de pratique artistique, ou bien de leur présence à l’occasion des concerts aux fenêtres. Une belle collaboration, faite de sens et d’intelligence, que nous raconte Ahmed, coordinateur des animations de rue au sein du CSC Neuhof.

Ahmed, peux-tu nous parler de ton rôle, de ton poste au sein du CSC Neuhof et plus largement du quartier ?
Je m’appelle Ahmed Elferd, 44 ans et je suis coordinateur du service des animations de rue au Centre Social et Culturel du Neuhof à Strasbourg. Je dirais que dans un centre social, on est amené à faire plusieurs tâches qui vont au-delà de notre fonction principale parce que l’on travaille avec l’humain, et les relations humaines ne se résument pas à des rapports binaires. Mais mon rôle majeur consiste à mettre en œuvre le projet des animations de rue, en y associant un maximum de partenaires locaux qui souhaitent contribuer à ce projet qui se veut avant tout collaboratif et participatif. A vrai dire, c’est un dispositif qui a une forte
dimension partenariale, même si la réalité du terrain ne le confirme pas pendant certaines périodes d’interventions comme par exemple en août ou en automne. Il est vrai que la mobilisation de ces derniers est très compliquée pour différentes raisons inhérentes à l’action des animations de rue et il serait trop long ici d’en expliquer les véritables causes. Mais malgré ce constat, la présence des partenaires est toujours une nécessité et quand nous arrivons à mutualiser et à fédérer nos pratiques, nos connaissances et nos compétences pour offrir un service de proximité de qualité, nous réalisons de belles choses et toujours dans une ambiance conviviale et bienveillante. Je tiens d’ailleurs à remercier l’ensemble des partenaires d’essayer de répondre aux mieux à mes sollicitations (vous l’Espace Django, mais aussi la Jeep, l’OPI, le Lape, la Médiathèque, le CLJ, Lupovino, la Clé
des champs, la RESU, la Maison de la santé et tous ceux ou celles que j’ai oublié). Concernant mon travail au quotidien, il se résume à de nombreuses tâches administratives, c’est-à-dire à la rédaction et au dépôt des demandes de subventions auprès des différents financeurs qui nous soutiennent (la Ville de Strasbourg, la Région, l’État, la Caf, les bailleurs sociaux, etc.), à l’organisation des réunions de coordination avec les différents acteurs, à la définition et au suivi des budgets, aux demandes d’autorisation d’occupation des lieux, aux bilans, à la conduite des actions de gestion de ressources humaines (recrutement,
formation, etc.), à la recherche d’intervenants spécialisés pour des projets artistiques, sportifs, éducatifs, etc., des compétences, des savoir-faire que nous ne trouvons pas dans le réseau… Une fois sur le terrain, je dois mettre en œuvre l’animation de rue en assurant la logistique, la relation avec les bailleurs pour avoir accès à l’eau et à l’électricité, l’inventaire du matériel pédagogique et du mobilier (bancs, tables et tonnelles), l’encadrement des équipes d’animations, la relation avec les partenaires et les habitants, et veiller au bon travail d’équipe en assurant un management de qualité, garantissant la bonne performance sur le terrain et la mise en place des actions. Accessoirement, j’ai d’autres fonctions au sein du CSC comme la gestion du matériel et sa logistique. Je me rends aussi disponible auprès de mes collègues pour les soutenir dans des actions communes, des événements comme la fête
de Noël, carnaval ou les fêtes de quartier. Il m’arrive aussi d’organiser pour les jeunes des différents accueils de loisirs, pendant les vacances scolaires de février, une semaine de sorties raquettes avec un guide de montagne que je salue, Régis, de la structure Grains de folies. Je suis aussi en charge du projet VRAC qui consiste au développement de groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Nous avons de plus en plus d’adhérents qui nous rejoignent dans cette belle aventure. Je propose aussi depuis septembre, tous les mercredis de 20h à 22h au gymnase Reuss, un cours gratuit d’initiation au Jiu-Jitsu Brésilien, ouvert à toutes et tous. Bref, je ne m’ennuie pas au CSC ! Concernant le quartier, je peux aussi dire que sa réalité n’est pas conforme à l’image véhiculée par les médias. C’est un quartier comme tant d’autres, avec ses soucis d’emploi,
de chômage, de délinquance,… mais ce n’est pas non plus une zone de non droit fantasmée. Je le constate par le prisme de mon statut de travailleur social. Je ne porte pas la réalité du quartier au quotidien sur mes épaules, je n’y vis pas, et pour être franc, je ne connaissais pas le Neuhof avant d’arriver au CSC. Mais il s’est transformé et s’est décloisonné avec l’arrivée du tram, la construction de votre espace culturel, la rénovation urbaine qui a métamorphosé son paysage. J’ai pu voir des photos d’époque et franchement, de mon point-de-vue, il était grand temps d’opérer ces changements. Après, en tant que travailleur social, je dois dire que mes relations avec les habitants se passent bien, je n’ai pas vécu de tensions particulières. On a tous été jeunes et des fois, il faut répéter les fondamentaux du vivre ensemble pour que tout se passe bien. Mais une fois ce rappel effectué, tout rentre dans l’ordre et on continue notre travail dans la joie et la bonne humeur.

Tu coordonnes les animations de rue depuis combien d’années ? Quels en sont les objectifs ?
Je gère le service des animations de rue depuis octobre 2012 très exactement, et les principaux objectifs sont d’améliorer la qualité du cadre de vie et du lien social, de réaliser un travail de prévention et de lutte contre les violences et les incivilités, de veiller à la tranquillité urbaine, de faire de l’animation de rue un modèle en matière d’offre d’animation sociale, globale et locale, de permettre la présence de modèles plus positifs et constructifs pour les jeunes en rupture, aux difficultés diverses (scolaire, emploi, formation, parentalité, etc.), de favoriser la mutualisation des compétences et des diagnostics des acteurs sociaux pendant la conceptualisation du projet et jusqu’à sa mise en œuvre… Je peux dire maintenant qu’avec toutes ces années de présence sur le terrain, nous sommes identifiés et reconnus comme un service d’animation du territoire, essayant de prendre en compte les demandes et les initiatives des habitants. Ces derniers nous attendent et souhaitent notre présence. Des parents qui s’investissent dans l’encadrement d’activités aux côtés des professionnels, apportent des plats pour les faire découvrir aux enfants ou aux adultes présents, tout ceci démontre notre utilité. Ces moments sont rendus possibles grâce à la mise en place d’un espace de convivialité par l’équipe d’animation et des partenaires toujours à leur écoute. Je tiens à rappeler que l’animation est un dispositif qui a vu le jour au début des années 2000, de manière spontanée et improvisée, après un constat partagé par les travailleurs sociaux et les habitants. Ce constat se résumait au fait qu’un grand nombre d’enfants, pré-ados et adolescents, étaient laissés à eux-mêmes dans l’espace public et ne fréquentaient pas les centres sociaux et plus largement les structures d’accueil de loisirs.
Aujourd’hui, nous travaillons dans une démarche pluridisciplinaire et notre approche est nécessairement transversale. Les animations de rue s’inscrivent dans une dynamique pédagogique qui cherche à promouvoir les valeurs défendues par les centres sociaux, en cohérence avec les familles ainsi qu’avec l’ensemble des partenaires et acteurs du territoire. Il s’agit pour nous de mettre en œuvre un programme comportant un panel d’activités artistiques, culturelles, sportives, intergénérationnelles, portées aux quatre coins du quartier du Neuhof à l’occasion des vacances, notamment au printemps, à l’été et à l’automne. Celles-ci se font à même les places publiques et aux abords des immeubles avec cette volonté de renouer du lien, des échanges, du partage, au service des habitants du quartier, en proie à des difficultés socio-économiques majeures.

Quelle place occupent-t-elles dans la vie du quartier ? En quoi sont-elles essentielles ?
Je dirais qu’elles font partie des événements phares dans le paysage de l’animation socio-culturelle. Nous intervenons sur différents secteurs tout au long de l’année et plus particulièrement durant les deux mois de l’été, sans interruption. Le mois d’août, nous sommes les seuls en tant que service d’animation à être présents avec quelques partenaires comme la JEEP ou l’OPI. Et nous accueillons beaucoup de monde bien que nous ne soyons pas assez nombreux pour assurer un encadrement optimal. Mais nous y arrivons quand même et c’est le plus important ! Ce qui fait le lien avec la seconde question : oui, les animations de rue sont essentielles. Sans notre présence sur certains secteurs abandonnés, par les pouvoirs publics mais aussi par les habitants eux-mêmes, pour des raisons variées liées aux incivilités, au trafic, il ne se passerait sans doute pas grand chose pour assurer une
dynamique et permettre aux habitants de se réapproprier les espaces publics. Notre présence – celle des animateurs, des partenaires associatifs, des parents, etc., – permet d’une part de faire prendre conscience aux habitants qu’ils ne sont pas les seuls sur le terrain, d’autre part d’offrir aux plus jeunes un panel d’activités ludiques, culturelles et sportives. Notre présence aux pieds des habitations est aussi l’occasion d’accompagner à la parentalité des parents souvent très jeunes. Nous pouvons alors les aider dans diverses démarches administratives, dans certaines actions éducatives, voire les orienter auprès des services adaptés.

Comment est née la collaboration avec l’Espace Django ?
Je pense que cette collaboration s’est faite naturellement et logiquement. Comme toute structure nouvelle qui s’implante sur le territoire, vous avez cherché à nouer des contacts avec le tissu associatif local, qui est très important et dense sur le territoire du Neuhof. Sans modestie, le CSC Neuhof est une réelle institution ancrée dans le quartier et un acteur majeur en termes d’animation du territoire depuis sa création. Mais revenons à nos moutons, si mes souvenirs sont bons, c’est Mourad qui m’a contacté (merci à lui) pour réfléchir à un travail de terrain en synergie qu’on pourrait mener dans le cadre des animations de rue, c’est-à-dire hors des murs de nos structures respectives. Notre première collaboration s’est faite pendant la tournée estivale d’Arachnima autour de l’organisation d’un tournoi de football musical. J’en garde un très bon souvenir, surtout avec Baya aux
platines qui a su ambiancer le tournoi. Ce tournoi musical avait pour but de créer un moment festif et du lien entre les jeunes, les habitants et les professionnels, dans une ambiance chaleureuse, dans le respect et le fair-play. Et depuis, le tournoi musical est
devenu un moment incontournable pour nous et pour les jeunes qui y participent avec plaisir. Même si les inscriptions se font la veille voire le jour même, on arrive à mobiliser une dizaine d’équipes. A la suite de cette première collaboration réussie, Mourad n’a pas hésité à me proposer un intervenant de qualité et passionné de musique, Bruno de Audiorama, pour assurer des ateliers de musique sur Ipad. Un atelier qui a eu beaucoup de succès et d’intérêt auprès des jeunes, grâce à Bruno, qui a su tout à la fois prodiguer des conseils techniques facilement reproductibles et faire preuve de pédagogie, avec un langage simple et adapté
aux participants. Aujourd’hui, on continue l’aventure avec Django à travers le projet radio-caddie (un bureau d’étude itinérant allant à la rencontre des habitants dans le quartier), qui prendra forme à la rentrée prochaine avec nos usagers au CSC. Donc restez à l’écoute !

Que reflète cette volonté d’investir l’espace public ?
Le quartier du Neuhof est très étendu et je le répète, les problématiques sociales et économiques se concentrent essentiellement sur la partie Neuhof-Cité(s). On connaît les effets engendrés auprès des populations qui y habitent. Par conséquent, en tant que
structure d’animation de la vie locale, le CSC se doit de mettre en œuvre un mode d’intervention spécifique pour le public qui occupe et investit de manière variable l’espace public. Comme je l’ai déjà dit, c’est le cœur de mon, de notre métier. C’est aussi notre volonté que de mettre en place des actions qui permettent d’aller au-devant des publics présents dans la rue afin de continuer à nouer le contact avec eux et favoriser leur participation à des activités collectives co-construites, souvent sportives, culturelles ou de loisirs. En d’autres termes, il s’agit pour nos professionnels de sortir du centre social, d’aller vers le public là où il se trouve (dans la rue, les halls, les parcs…) afin de discuter, de proposer des activités et par la suite de les organiser ensemble.

Avec toutes ces semaines d’animations de rue, tu dois forcément avoir des souvenirs mémorables. Y a-t-il un moment en particulier que tu souhaites nous partager ?
Oulla, il y en a un paquet de bons souvenirs et de moments mémorables. Et heureusement qu’il y en a plus de bons que de mauvais… Sinon j’aurais quitté le navire depuis longtemps. Je plaisante ! Si je devais n’en citer qu’un, et qui ne soit pas non plus au fin fond de mes souvenirs, je citerais l’un des concerts aux fenêtres organisé l’année dernière par Django et une partie des partenaires associés. C’était une nouveauté ce volet musical dans l’espace public. Déplacer un groupe professionnel et toute la technique qui va avec, c’est quand même orignal et exceptionnel. Et lors du concert aux fenêtres rue du commandant François,
avec le groupe de rap A-Rob, Mismo & Gold Bomb, la magie a opéré. Un super dynamique, une pèche d’enfer, qui a permis de créer une belle interaction et une alchimie avec le public. Tout était réuni pour que cet après-midi soit un moment de convivialité et de partage avec les habitants : le soleil au rendez-vous, des animations nombreuses et variées, une participation massive et active des habitants et des partenaires, et au final un concert mémorable en plein air accompagné d’un buffet partagé. Après, de façon générale, je considère qu’il y a toujours des moments mémorables et magiques lorsque les habitants investissent les animations de manière spontanée ou régulière, avec enthousiasme. La participation produit toujours de belles choses, en particulier lorsque le cadre est structuré et structurant, et sous la bienveillance des organisateurs.