DE L’ART, DU LINO, DU SENS

Le croisement et la circulation nous ont toujours été chers. Après avoir collaboré avec plusieurs structures culturelles strasbourgeoises, sur différents projets, chez eux comme chez nous, voici que la HEAR – la Haute École des Arts du Rhin, avec laquelle nous avons conduit la saison dernière un projet commun à l’initiative de Pôle Sud, EXTRA ORDINAIRE, s’empare de notre salle à l’occasion d’ateliers de pratique artistique en avril prochain. Trois jours de linogravure et diorama au programme, avec des participants venus du Neuhof et d’ailleurs. Nous ne pouvions pas en rester là. L’opportunité était trop belle de donner la parole à l’artiste Sylvestre Bouquet, ainsi qu’à Marie-Cécile Floderer, qui coordonne le projet pour la HEAR. Extraits.

La HEAR et Django ont travaillé ensemble pour la première fois l’année dernière. Des envies sont apparues et prennent forme aujourd’hui. Comment est né ce projet d’ateliers ? Quelles en ont été les étapes ?
Marie-Cécile : La HEAR est un lieu d’enseignement supérieur artistique.
Pour autant, elle propose aussi des ateliers ouverts au public, pour toutes celles et ceux qui voudraient découvrir une pratique artistique ou s’y perfectionner. Chaque année, c’est environ 300 personnes qui fréquentent, plutôt le soir ou pendant les vacances pour des workshops ponctuels, les mêmes espaces de travail et d’enseignement que nos étudiants. Il nous a paru intéressant de trouver de nouveaux espaces de travail comme autant de terrains de jeux. En délocalisant les pratiques amateurs, on favorise des échanges humains par l’intermédiaire d’espaces de travail diversifiés. C’est aussi l’occasion de toucher de nouvelles personnes qui ne connaîtraient pas encore nos ateliers publics.

Des ateliers de linogravure dans une salle de concert… Ça ne va pas de soi sur le papier. Comment appréhendez-vous ce moment ?
Sylvestre : C’est justement là qu’on donne le meilleur, dans un lieu inattendu, comme Johnny au Parc des Princes. Je commence à avoir l’habitude d’installer des ateliers mobiles de gravures, dans les quartiers avec Arachnima, à la HEAR, dans une école primaire au Brésil… C’est à chaque fois intéressant de s’adapter à un nouveau lieu.
Marie-Cécile : Sylvestre est capable de démêler des lianes nouées de tresses, il a déjà « allumé le feu » à plusieurs reprises en animant des ateliers ou des workshops dans le cadre des ateliers publics, il saura s’adapter à ce nouveau lieu. Comme le dit de lui Guillaume Chauchat, illustrateur et enseignant à la HEAR, Sylvestre est un auteur toujours surprenant dans ses propositions. Le connaître, c’est l’adopter, tant dans les formes graphiques qu’il utilise que dans les récits qu’il sait tisser. Pas d’appréhension donc sur cet atelier mais plutôt une grande curiosité.

Que vont vivre/pratiquer/ découvrir les participants durant ces trois jours ?
Sylvestre : La lino est une technique d’impression assez simple. Même pour une première fois, on obtient de bons résultats. L’objet final, une sorte de castelet de théâtre en papier – le diorama, demandera de se casser un peu la tête. On passera par toutes les étapes, de l’idée à l’impression et à la reliure. On n’aura pas trop de trois jours !
Marie-Cécile : Le défi sera relevé, c’est sûr.

Une restitution est-elle prévue ?
Marie-Cécile : La possibilité d’un accrochage pourra être envisagée en effet. Tout ceci va se construire en temps réel durant le workshop, en fonction des productions artistiques et des envies des participants. Le workshop de Sylvestre autour de la conception de dioramas en linogravure se déroulera durant les vacances de printemps, du 15 au 17 avril prochains à Django. La semaine suivante, nous organisons à la HEAR une série d’autres workshops dans différents domaines, en son, peinture, film d’animation, dessin et gravure. Il pourrait être également imaginé que nous construisions une restitution commune
à l’ensemble de ces workshops.

Quelle place occupe les questions de transmission et de médiation à vos endroits respectifs, en qualité d’artiste mais aussi en tant qu’école ?
Sylvestre : Je fais de la gravure depuis assez longtemps, c’est toujours aussi magique de voir l’épreuve sortir de la presse. J’aime bien partager ce plaisir avec d’autres. Chacun a sa façon d’appréhender l’impression et trouve ses propres astuces. Même
si je guide avec ce que je connais, c’est toujours surprenant.
Marie-Cécile : La transmission occupe une place centrale pour une école, que ce soit dans les différents enseignements dont bénéficient les étudiants comme dans les ateliers publics qu’elle propose. À la HEAR, il existe également le CFPI, le Centre de Formation des Plasticiens Intervenants qui permet aux artistes diplômés, de la France entière, d’acquérir des compétences pour transmettre à leur tour ce qu’est la création contemporaine. Enfin, les sites de Mulhouse et Strasbourg de l’école accueillent chaque année des collégiens, issus de classes à horaires aménagés en arts plastiques. Accompagnés de professeurs, les étudiants réalisent un projet d’intervention issu de leurs préoccupations artistiques s’articulant avec le programme scolaire de collèges.

Vous travaillez souvent avec d’anciens élèves de la HEAR pour ce type de projets ? Une façon pour vous de participer à leur professionnalisation ?
Marie-Cécile : Oui, le fait de travailler avec d’anciens étudiants fait partie d’une mission essentielle de l’école et de sa volonté
de contribuer à l’insertion professionnelle des jeunes artistes sur le territoire local. Concernant les ateliers publics, la majorité de nos intervenants, aux profils riches et variés, sont d’anciens étudiants de la HEAR. Nous construisons grâce à leur propositions artistiques un programme d’ateliers de pratiques amateurs extrêmement diversifié.
Que peut-on se souhaiter pour la suite ? Un lien toujours plus fort entre la Haute École des Arts du Rhin et l’Espace Django, grâce à de nouveaux projets ?
Marie-Cécile : Oui, demain reste à inventer !