DE LA FABRIQUE AU JAZZ, DU JAZZ À LA FABRIQUE

Après la Fabrique à Chansons avec le Weepers Circus en 2018, la Fabrique Electro avec Chapelier Fou en 2019, l’Espace Django est à nouveau lauréat du dispositif national porté par la Sacem, avec en cette année 2020 la Fabrique Jazz. Une opération qui met en lien un artiste, une salle de concert et une classe de collège pour un travail de création en commun, ponctué par une restitution grandeur nature (à découvrir page 17 de la programmation). A cette occasion, nous avons constitué un trio, ou plutôt un quatuor d’enfer, avec le quintet de jazz OZMA, la classe orchestre du collège du Stockfeld, encadré par l’école de musique du CSC Neuhof, et nous-mêmes. C’est une vraie chance que de pouvoir collaborer avec OZMA. Ils viennent de sortir leur 7e album, « Hyperlapse », et d’achever une tournée qui les a conduits à travers 39 pays. Un groupe strasbourgeois qui rayonne bien au-delà de nos frontières, l’histoire est belle, d’autant qu’ils savent s’impliquer au niveau très local, à travers des actions de transmission notamment. L’équipe de professeurs de l’école de musique qui accompagne le projet est elle aussi habitée par le même feu sacré. C’est dire si le cocktail est joyeux et détonant. Au service d’un investissement sincère, ambitieux, que nous partagent ici Stéphane Scharlé d’OZMA et Gauthier Muth de l’école de musique, pour un entretien forcément… enflammé.

Stéphane, peux-tu nous résumer rapidement la carrière d’OZMA pour celles et ceux, sans doute peu nombreux, qui ne connaîtraient pas encore votre projet ?
OZMA est un groupe de jazz qui s’est formé au conservatoire de Strasbourg en 2001/2002. Depuis, l’ensemble a sorti 8 albums dont 7 albums studio et créé plus de 15 spectacles pluridisciplinaires. En près de 20 ans, le groupe a pas mal bourlingué aussi, avec plus de 450 concerts dans 39 pays !

Gauthier, tu t’investis au sein de l’école de musique depuis plusieurs saisons, peux-tu nous parler de ton rôle, de tes missions ?
C’est ma quatrième saison au sein de l’école de musique du CSC Neuhof. Ma mission principale, c’est l’enseignement de la trompette et la formation musicale. Pour moi, cette école est un peu spéciale parce qu’on est amené à enseigner de différentes façons, d’adapter notre pédagogie aux différents projets et élèves que l’on rencontre : ça va des 6ème du collège du Stockfeld, en passant par les enfants et jeunes internes de l’ERPD, jusqu’au tout public du CSC. Au-delà des cours, on met aussi en place
des projets pour réussir à garder une motivation chez les jeunes. C’est le cas par exemple avec le NHF Orchestra, que je dirige depuis sa création en 2016, et qui a déjà permis aux jeunes du quartier de se produire dans des endroits prestigieux. Au collège du Stockfeld, c’est ma troisième année en tant que chef d’orchestre et c’est toujours un nouveau challenge : nouveaux élèves, nouveaux projets, nouveaux enjeux, nouveaux défis. On sait déjà que cette année aura une aura particulière avec la présence du groupe OZMA…

Concert, ciné-concert, concert photo, ateliers en tous genres et tant d’autres projets à venir… Stéphane, d’où vous vient ce goût de vous frotter à tous ces différents formats ?
Je viens du rock et je pense que c’est de là que me vient la logique d’une équipe assez exclusive, ou du moins d’un noyau dur autour duquel on crée des spectacles différents. Alors forcément, en 18 ans d’existence, on a pu accomplir de nombreuses envies à travers OZMA. Pour ce qui est du volet musique à l’image, c’est parti d’une commande de ciné-concert d’un cinéma parisien en 2010. Ce format nous a tellement plu qu’on a déroulé la pelote et abouti à d’autres spectacles liant image et musique, des photo-concerts, des spectacles avec de l’image 3D et même un expo-concert au MAMCS récemment.

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter notre invitation à candidater avec nous à la Fabrique Jazz ?
Depuis ses débuts, OZMA est dans une démarche de transmission. Nous avons donné des workshops un peu partout dans le monde, de la Lettonie à l’Indonésie, de la Colombie à l’Afrique du Sud. Avec le temps, de ces « simples » rencontres nous avons développé des projets pédagogiques plus ambitieux comme par exemple monter un ciné-concert avec une harmonie de village, créer un photo-concert sur des photographies prises par des femmes migrantes ou encore accompagner 8 classes de collégiens dans la découverte d’une exposition exigeante. Bref, comment refuser une proposition venant de gens aussi sympas que vous
et, qui plus est, dédiée au jazz ?!

Gauthier, au sein de l’école, vous vous nourrissez de projets ambitieux, et ils sont menés en nombre. Comment tout cela se met-il en place ? En gardes- tu un ou deux en tête en particulier ?
D’abord, je pense que nous avons une équipe très ambitieuse et dynamique. Et surtout, on a la possibilité de proposer plein de choses. Grâce à Laetitia, la directrice de l’école de musique, beaucoup de projets qui peuvent sembler fous deviennent réalisables. Je crois que c’est une devise au CSC Neuhof : plus ça paraît fou, plus on nous suit ! Je pense notamment à la tournée en France que nous avons réalisée avec le NHF orchestra il y a 3 ans. Ou encore aux rencontres itinérantes des orchestres à l’école du Grand Est. C’est une chose que de travailler avec une classe d’orchestre à l’école, mais réussir à regrouper 4 à 5 classes à travers le Grand Est pour faire un concert avec 120 enfants sur scène, ça c’est le feu ! Là, on est sur un gros projet « NHF au Brésil » prévu fin août et je sais déjà que ça va être énorme !

Des tournées mondiales qui alternent avec un travail de transmission et d’ultra- proximité : pas trop difficile le grand écart Stéphane ?
Non au contraire, personnellement j’aime ces contrastes, je ne suis pas quelqu’un de monomaniaque. Il y a deux mondes entre une tournée à 100 à l’heure qui enchaîne des grosses villes chaque jour et un travail au long court dans un lieu unique avec un groupe défini de personnes. Ce sont deux expériences très différentes mais qui se complètent bien. Ceci dit, c’est vrai, c’est quand même un grand écart qui me donne envie de citer un grand expert de la question : « Il faut que tu crois encore plus ce que tu crois, et quand tu commences à croire ce que tu crois, y a personne au monde qui peut te bouger ! », (JCVD).

Le travail va démarrer, avec une tranche d’âge à enjeux, qui nous tient à cœur, celle du collège. Que retiens-tu Stéphane de vos précédentes expériences auprès de ces jeunes ados ?
Je ne fais pas de différence entre les publics, l’approche va être forcément un peu différente, on ne s’adresse pas à un collégien comme à une personne de 65 ans. Mais ce que nous avons à transmettre et à partager est exactement la même chose. La clé, c’est de réussir à créer une connexion. Avec nos collégiens, nous allons retravailler des « tubes » qu’ils nous ont soumis, les challenger sur un peu de mise en scène, bref les impliquer totalement dans cette création. La première rencontre d’il y a quelques jours me rend confiant : cette édition de la Fabrique Jazz va être très très chouette !

Quelles sont vos attentes pour ce cycle d’ateliers ? Qu’aimeriez-vous y apporter, sachant que les participant.e.s n’ont que quelques mois de pratique instrumentale derrière eux ?
Notre but est d’être une valeur ajoutée au travail déjà mené par les professeurs de la classe orchestre du collège du Stockfeld et l’école de musique du CSC Neuhof. Nous allons apporter une expertise supplémentaire, des idées, des concepts qui nous sont chers et que nous utilisons au sein de la musique d’OZMA. Le fait que les participants n’aient que peu d’expérience musicale ne sera pas un frein. Nous allons les aider à relever quelques défis !

Un dernier mot d’encouragement pour conclure ?
« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. », (Sénèque).