Mon Neuhof de poche : un quartier à colorier, un monde à raconter

26.01.2026

Nous avions déjà les autocollants, les badges, les ouvre-bouteilles, les bananes, les casquettes, les stylos, les tatouages, les mini-crayons de couleurs. Toute une panoplie de super goodies pour faire voyager le projet ailleurs et différemment, mais nous sentions qu’il manquait quelque chose. Ce petit truc en plus qui nous connecterait encore davantage à l’ADN du projet de l’Espace Django. Et nous l’avons enfin trouvé. Mon Neuhof de poche, c’est une carte à colorier bien particulière qui raconte ce quartier en images. Une carte qui ne sert nullement à se repérer, mais plutôt à s’immerger, observer, rêver, et redécouvrir ce territoire par les yeux d’une jeune illustratrice au regard curieux et au coup de crayon ravageur. Le tout découpé en 9 cartes postales à collectionner, que l’on peut colorier puis envoyer aux quatre coins du monde, de la ville, du quartier. Ou tout simplement collectionner pour récupérer le tableau final que constituent les 9 cartes postales additionnées. Une façon très simple de se reconnecter à l’écriture, à son lieu de vie ou de passage, à la carte Panini qu’on prend plaisir à collectionner, au double qu’on va vouloir échanger. Tout en prenant un malin plaisir à le colorier en solitaire ou à plusieurs. Pour nous accompagner sur ce projet, Marine Monseux a accepté de relever le défi. Le clic a été immédiat, les atomes crochus évidents. Son approche du dessin qui mêle poésie, rigueur et humour, sa générosité, sa curiosité nous ont touchés. Elle nous parle ici de son parcours, de ses inspirations, des casse-têtes graphiques, et de la beauté cachée dans les détails. Et on lui prédit déjà un grand avenir.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Marine, j’ai 25 ans et je suis à la fois designer graphique, illustratrice et didacticienne. Si je devais définir mon travail en quelques mots, je commencerai par dire que j’ai toujours aimé classer, trier et ordonner les choses : créer des systèmes en tous genres a longtemps constitué une source de fascination. Aujourd’hui, je pense que cet aspect pratique de mon esprit se trouve télescopé dans mes différents projets, que je conçois telles des équations à résoudre : en partant d’une petite brique, je cherche toujours à construire un mur. Après avoir obtenu un DNMADE (Diplôme National des Métiers d’Arts et du Design) en design graphique à l’école Duperré, mon goût prononcé pour la transmission des savoirs m’a poussé à rejoindre la section Didactique Visuelle en 2022 au sein de la HEAR (Haute École des Arts du Rhin), dont je sors fraîchement diplômée d’un diplôme National d’Art et d’un diplôme National supérieur d’expression plastique ! En définitive, je conçois ma démarche artistique comme un mélange de poésie et de logique, le tout parsemé d’une pointe d’humour et d’un amour pour la géométrie.

Comment as-tu rejoint le projet « Mon Neuhof de poche » ?

J’ai eu la chance de pouvoir travailler sur ce projet de coloriage suite à la prise de contact effectuée par Mourad (co-directeur de l’Espace Django) auprès de mon école en juin 2024. À ce moment-là, j’étais en stage au CRNL à Lyon auprès d’une équipe de chercheuses en neurosciences cognitives, et lorsque j’ai vu passer le brief du projet, j’ai immédiatement été emballée par l’idée ! Tout n’était pas encore calibré lors de la demande, mais l’équipe de Django avait déjà cette envie de réaliser une cartographie du quartier du Neuhof pour valoriser ce territoire. Comme je ne suis pas originaire d’Alsace, j’avais envie de plancher sur le sujet pour en apprendre plus sur l’histoire du quartier et j’ai tenté ma chance en envoyant mon portfolio : le courant est tout de suite passé avec l’équipe et on s’est vite mis au travail.

« L’objectif n’était pas de se repérer, mais de donner à voir les endroits emblématiques du Neuhof. »

Qu’est-ce qui t’a inspirée dans ce projet ?

Lors de la demande initiale, j’ai senti cette générosité dans les lieux à faire figurer : comme j’ai moi-même tendance à vouloir tout dire et tout montrer dans mon travail pour être la plus exhaustive possible, ça m’a bien plu ! Dès lors, il s’agissait d’une sorte de casse-tête très stimulant, où il fallait trouver une astuce pour tout faire apparaître. Ça m’a évoqué le travail de Martin Handford, l’auteur de « Où est Charlie ? » dont j’étais extrêmement friande étant petite. J’avais envie de penser ce coloriage comme un hommage à toutes ces heures passées devant ces albums riches en détails, en offrant la possibilité aux enfants de le colorier elles·eux-mêmes.

Tu as choisi une approche géographique assez libre. Pourquoi ce parti pris ?

En comparant l’emplacement du lieu le plus au nord (la piscine de la Kibitzenau) à celui le plus au sud (la Ferme de la Ganzau), j’ai vite compris qu’il allait falloir « tricher » quant à la réalité géographique. Et puis au final, l’objectif du coloriage n’était pas tant de proposer une cartographie précise pour se repérer dans l’espace, que de donner à voir les endroits emblématiques de ce territoire. En faisant plusieurs croquis et après avoir décidé du format carte postale avec le reste de l’équipe, j’ai quand même essayé de respecter un minimum les positions relatives de chaque bâtiment les uns vis-à-vis des autres.

Le style est à la fois détaillé et très vivant. Comment as-tu travaillé ? Il paraît que tu as longuement visité le quartier pour t’imprégner du territoire ?

En Didactique Visuelle, on nous forme à toujours penser et concevoir nos projets en partant du contenu : c’était donc une évidence et une nécessité pour moi de commencer par arpenter les lieux que je devais dessiner ! D’autant plus que, comme dit précédemment, je ne suis pas originaire de la région Grand Est. Il me fallait donc m’immerger le plus possible dans mon terrain d’étude pour être la plus juste possible dans la manière de le retranscrire graphiquement. Après une excursion à vélo accompagnée par l’équipe, plusieurs photos in situ et quelques anecdotes glanées au passage, le tour était joué.

« Je voulais que même ceux qui ne connaissent pas le quartier puissent s’y promener du regard. »

Quels ont été les défis les plus importants pendant la création ?

Pendant la conception du coloriage, j’étais en train de finir ma dernière année de DNSEP, il a donc fallu que je m’organise au mieux pour mener plusieurs projets en même temps. Mais le moment le plus stressant reste peut-être la réalisation du dessin original : après plusieurs mois à faire des croquis, il faut se lancer pour de bon et maîtriser son trait !

Y a-t-il un lieu que tu as particulièrement aimé représenter ?

Je ne réponds pas ça pour faire plaisir à l’équipe, mais je pense que le bâtiment de l’Espace Django était le plus sympa à dessiner ! Avec toutes ses lignes, son logo et le personnage de Django Reinhardt que je suis venue glisser au-dessus du bâtiment, je me suis bien amusée.

« Mon Neuhof de poche » © Marilyne Tona

Les cartes comportent aussi du texte. Comment ce lien image/mot a-t-il été pensé ?

J’ai souhaité indiquer le nom des lieux pour qu’on puisse les identifier si on ne les connaît pas et cette idée m’est justement venue lorsque j’ai dessiné l’Espace Django : avec son architecture atypique, c’est avec celui-ci que j’ai eu l’idée d’insérer des éléments graphiques décoratifs pour accompagner le nom de chaque bâtiment (notamment pour la piscine du Kibitzenau ou l’ancien hôpital Lyautey). Par ailleurs, comme le contenu informatif occupe une part importante dans mon travail, il me semblait primordial d’accompagner les différents lieux par un court descriptif relatant leur histoire au verso.

Comment vois-tu l’usage de ces cartes postales une fois terminées ?

J’espère que le coloriage aura l’occasion de voyager de foyer en foyer dans le quartier du Neuhof et au-delà, et peut-être même dans d’autres régions en étant expédié par la poste ! Il y a aussi cet aspect collection qui me plaît bien et qui va demander la coopération du public, pour pouvoir reconstituer l’image en entier.

Tu as travaillé il y a quelques années sur un sublime projet de vulgarisation scientifique par l’image, « À la louche ». À quel point le travail graphique peut-il être un facilitateur et un créateur de sens ?

« À la louche » est un projet créé en 2021 lors d’un stage à La Physique Autrement (un laboratoire de vulgarisation scientifique). Ce court-métrage a joué un rôle clé dans mon parcours, puisque c’est avec lui que j’ai réalisé à quel point j’aimais travailler en collaboration avec des spécialistes sur des projets où chacun peut apporter son expertise, qu’elle soit scientifique d’un côté, et graphique de l’autre. L’objectif était d’expliquer le concept des ordres de grandeur, ce qu’on a fait… avec des chats ! À mon sens, l’image – qu’elle soit animée ou non – peut transmettre très efficacement et rapidement des savoirs et des informations, qui pourraient sembler abstraits ou être plus difficilement accessibles sous forme textuelle. Tandis que l’image, elle, nous est familière depuis les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité : c’est avec elle que l’émotion passe le mieux !

Un mot de la fin ?

Travailler avec une équipe engagée socialement comme la vôtre a été un vrai plaisir pour moi !