Django x Mémoriff : la paire gagnante !

23.02.2026

Un nouveau venu a rejoint l’équipe de l’Espace Django à la rentrée, facilitateur de rencontres hors normes : le Mémoriff. Ce jeu musical aussi addictif que fédérateur a tout naturellement trouvé sa place dans nos murs. Un bel objet pour écouter autrement, (re)devenir joueur·euse, curieux·euse. Cette création, c’est l’oeuvre de Sonopopée, un collectif rémois qui se régale à inventer des espaces de découverte pour manipuler, expérimenter, rire, composer sans même s’en rendre compte.
De leurs excroissances électroniques bricolées aux installations ludiques qu’ils promènent de lieux en lieux, leur travail a cette qualité rare : il rassemble. Nous avions envie d’en savoir plus, de remonter le fil de cette drôle d’idée devenue un drôle d’objet, trait d’union entre les personnes à la frontière du jeu et de la création sonore.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Sonopopée ?

Sonopopée est un collectif d’artistes sonores, musiciens et ingénieurs du son, basé à Reims. Nous nous sommes réunis autour de notre passion commune pour la « bidouille sonore » sous toutes ses coutures. Cela se concrétise principalement par trois branches d’activités : d’une part nous mettons nos compétences et nos expertises aux services des projets d’autres artistes (créations sonores, lutherie électronique et numérique, mixage…), d’autre part nous portons nos propres projets qui prennent la forme d’installations sonores ou de spectacles pluridisciplinaires, et enfin nous prenons en charge des missions de transmission via des interventions pédagogiques.

Pourquoi le nom Mémoriff ? Quel est le but du jeu pour ceux qui ne le connaissent pas ?

Le nom Mémoriff est bien sûr un clin d’oeil au jeu de Mémory, ce jeu où l’on doit retrouver les paires d’image identiques, mais également au mot riff, qui lui est bien connu des guitaristes. Un riff est une courte phrase mélodique, souvent répétée, jouée par un instrument soliste, et qui constitue souvent la signature d’un morceau, c’est ce qui le rend immédiatement reconnaissable. Pour moi le riff est vraiment lié au rhythm and blues, au rock, au hardrock et tous ses dérivés… Les riffs les plus iconiques sont certainement ceux de « Satisfaction » des Rolling Stones et « Smoke On the Water » de Deep Purple, dès qu’on les entend, on a identifié le morceau. Vous avez donc certainement deviné que le but du jeu du Mémoriff est très simple : il s’agit de retrouver des paires de sons identiques (et parfois complémentaires pour les experts). Et pour gagner il faut trouver plus de paires que les autres joueur·euses ! Il y a 12 playlists à disposition des joueur·euses, classées selon leurs degrés de difficultés. Il y a d’ailleurs une playlist spéciale riffs pour ceux qui veulent explorer.

Comment le lien avec l’Espace Django a-t-il été fait ?

Et bien nous avons rencontré une partie de l’équipe de l’Espace Django à la Cartonnerie, la Smac de Reims, lors d’un événement organisé par la FEDELIMA en mai 2025 (fédération des salles de musiques actuelles), qui avait pour thématique l’action culturelle. Nous y présentions le Mémoriff. Nous jouions à domicile, et c’est dans ce contexte que nous avons rencontré l’équipe qui s’est bien prise au jeu.

Comment vous est venue l’idée du Mémoriff ?

Le concept du Mémoriff est assez ancien car il date d’une quinzaine d’années (en 2010) au moment où j’apprenais la programmation informatique sur Max/Msp (un logiciel de programmation dédié au son). J’ai cherché une idée de projet qui me permettrait de rendre concret cet apprentissage. Et comme j’ai toujours été attiré par les projets interactifs et ludiques, j’ai eu cette idée de Mémory sonore, qui a donc commencé par être un logiciel très mal codé qui plus est, et donc plein de bugs. Puis en 2018, Sonopopée a reçu une commande pour des installations sonores, j’ai donc songé à ressortir cette idée de Mémoriff des placards, pour la concrétiser, poussé par ma compagne qui trouvait l’idée géniale. J’ai retrouvé mon ancien code, qui m’a permis de constater que j’avais fait du chemin, je l’ai mis à la poubelle et j’ai tout recodé. Une fois le logiciel prêt, j’ai travaillé sur l’interface, que je voulais conviviale et familiale. C’est ainsi qu’est née la V1 du Mémoriff, à base de 75% de matériaux recyclés. La V2 du Mémoriff qui est hébergée à l’Espace Django a bénéficié d’un lifting en 2022 grâce au soutien de SaintEx Reims, un centre d’art numérique de chez nous.

« Le Mémoriff crée du lien social sans écrans, en stimulant l’écoute et le jeu collectif. »

Dans quels genres d’espaces vit le Mémoriff ?

Quels sont vos projets pour la suite ? Je pense que le Mémoriff peut trouver sa place partout où les gens sont prêts à l’accueillir : un festival, une salle de concert, une médiathèque, une école, le CDI d’un collège, votre salon… on peut même jouer en silence en utilisant des casques. De plus, c’est un outil qui crée des temps de rencontres et donc du lien social, sans écrans, et en stimulant l’écoute ! Pour le Mémoriff, le projet c’est qu’un maximum de personnes puissent en profiter, mais il n’en existe qu’un, donc pourquoi pas en construire d’autres, pour faire de la mise à disposition ou même en vendre.

Le collectif développe d’autres projets particuliers, comme votre projet de football musical, connecté et interactif, le Sonosoccer. Possible de nous en dire plus ?

Au rayon des projets un peu fou du collectif Sonopopée, il y a le Sonosoccer, un spectacle performatif, interactif et participatif. Avec ce projet, nous proposons au public une expérience immersive, sonore et fun. Le principe c’est que nous invitons les spectateur·ices à jouer des parties de football en 2 contre 2, dans une mini arena circulaire connectée avec un ballon et des buts eux aussi connectés. Cela signifie que l’aire de jeu et le ballon collecte des données qui génèrent du son : en gros les spectateur·ices/joueur·euses de foot deviennent musicien·nes ! Mais ce n’est pas tout, les parties sont augmentées par des comédien·nes qui tiennent le rôle d’arbitres et commentateur·ices, et des musicien·nes qui jouent en live. Les performeur·euses modifient les règles pour vous faire passer un moment sympa au-delà du foot avec les musicien·nes comme complices. Puisque finalement, au Sonosoccer ce n’est pas la performance footballistique qui prime.

Un souvenir / une anecdote marquante autour du Mémoriff ?

Voici une anecdote qui m’a été rapportée par Vivien le co-fondateur de Sonopopée, que je cite : « Une image me trotte dans la tête à chaque fois que je pense au Mémoriff, celle de sa présence chez moi, quand il était en phase de test. On a pu faire une partie avec mes enfants et leurs grands-parents. Un grand écart entre les âges, les fonctionnements de la mémoire et dans les styles de jeux (j’ai tendance à me concentrer sur les premières secondes des sons, mon fils lui, s’en sert comme un jukebox). Nous avons enchaîné les parties en prêtant de moins en moins d’attention aux scores, transformant les équipes en un « tutti VS la machine ». Je n’ai pas l’impression d’avoir revécu un tel moment avec toute la famille autour d’un jeu. Et depuis mes enfants ont une passion pour les playlists. »

« Dès qu’on entend un riff, on reconnaît le morceau : c’est cette magie-là que nous avons voulu transformer en jeu. »