Focus sur Emmanuelle Zanfonato

Le partenariat entre Emmanuelle Zanfonato et l’Espace Culturel Django Reinhardt est décidément fructueux!

Après les ateliers parents-enfants autour du théâtre d’ombres-sonores et l’éclatante intervention des “Clandestines” pour la soirée d’ouverture de saison, Emmanuelle présente jusqu’en décembre 2017, “Suivre le fil”, une performance sonore et musicale interactive dans divers lieux de la petite enfance du Neuhof. De plus, tout au long du premier semestre 2018, l’artiste ira surprendre à nouveau les tout-petits avec une autre performance sonore et musicale « A l’eau » autour de l’élément aquatique. Nous avons voulu en savoir plus sur cette artiste aux multiples facettes et sur sa nouvelle performance.

Scénographe, costumière, comédienne, chanteuse, musicienne intervenante, pouvez-
vous nous parler de votre parcours ?

J’ai fait du théâtre musical amateur dés l’adolescence et j’ai très vite exploré tous les postes : chanter, jouer de la guitare, participer à l’organisation d’une tournée, faire les affiches, les tracs, réaliser les décors, les costumes… construire un spectacle en collectif.
Le goût de la couture vient de la transmission familiale, par imitation de ma grand-mère qui régulièrement transformait la salle à manger en atelier de confection, accueillait les clientes pour les essayages… L’observation des gestes, le tri des bobines de fils, le classement des
boutons, puis le traçage des patrons… Plus tard, des études d’Histoire de l’Art, d’Arts-Plastiques puis de Scénographie ont prolongé les aventures de jeunesse et confirmé le choix instinctif. Diverses formations personnelles (danse-contact, théâtre d’objets, chant /voix, qi gong,
improvisation…), l’accompagnement à la création de projets d’autres artistes (co-mises en scène, adaptation de textes) ont étoffé les expériences. La transmission (atelier de chants polyphoniques Hors la Voix, CFMI, ateliers-spectacles avec des enfants) est arrivée plus
tardivement à la croisée entre l’expérience professionnelle, la connaissance des publics jeune et adulte, le jeu dans la rue (Cie Les Clandestines) ou en salles.

Comment conciliez-vous toutes ces activités ?

Elles participent toutes de la réalisation d’un spectacle ou d’un événement qui scénarise un espace. Dés le début de l’activité professionnelle, j’ai mené de front plusieurs projets. Conceptions et réalisations de scénographies et costumes pour le théâtre, théâtre d’objets, marionnettes, danse (Cies Médiane, Adèle Danse, Tohubohu, Phénomène TséTsé, actémothéâtre), de décors pour les émissions de France3 Alsace, pour les plateaux des soirées Théma d’ARTE (Chef déco à ARTE pendant 10 ans). Les formations, pour être plus présente au plateau (jeu, chant, mouvement), répondaient à une curiosité et un besoin d’explorations. Celles-ci prennent du temps et c’est petit à petit qu’elles ont trouvé leur place dans un parcours au début plus « technique ». Chaque projet enrichit le suivant et permet de comprendre de l’intérieur les fonctionnements de chaque étapes, dans chaque domaine. Les créations qui mêlent le musical, le mouvement, la scénographie et l’objet sont ceux qui m’intéressent le plus (Cie Médiane, Les Clandestines, Lili Désastres). Et puis il y a des cycles, quelques fois les scénographies sont prédominantes, quelque fois c’est le jeu, le musical… Les types d’énergie pour chaque « métier » sont très différents, tantôt c’est plutôt le physique qui est sollicité, de manières différentes s’il s’agit de construire un décor ou de bouger-danser dans un spectacle, tantôt c’est la voix qui est utilisée pour la transmission, ou pour chanter…

Comment avez-vous choisi les thématiques pour vos nouvelles performances ?

Deux performances sont proposées en direction de la petite enfance, elles sont toutes deux issues de spectacles réalisés par la Cie Médiane: SonFreeSon et Pluie. Ces deux spectacles sont faits pour accueillir une jauge moyenne d’enfants et leurs accompagnants dans une salle de spectacle ou autre, ce sont des formes très construites dans lesquelles le public est passif. Je voulais faire un lien entre les phases d’explorations de ces spectacles pendant lesquelles la frontière entre le public et moi est plus poreuse, et les formes finales où chacun a une place très définie (acteur ou spectateur). Cela me permettait de me donner la possibilité d’explorer comment rebondir sur la réaction des enfants plutôt que de les renvoyer à la place du spectateur, celle qu’on a décidé pour eux. Je voulais également aller vers eux et non les déplacer, modifier leurs espaces emprunts d’habitudes. L’idée de performance est venue de ces questionnements. Avoir des matériaux définis (instruments de musique, choix musicaux, dynamiques, déroulé) dans un rapport de proximité extrême avec le public, avec un dispositif scénographique simple mais spécifique, jouer avec l’imprévu des réactions, susciter des participations et en accepter l’aléatoire.
« Suivre le fil » construit une toile de fils sonores au-dessus des enfants. Jouer musicalement avec ces fils, faire vibrer la voix avec des improvisations musicales, jouer avec le Dan Bao (monocorde vietnamien) et des petits objets sonores, le tout assis au milieu de coussins pulls-
doudous.

« A l’eau » est une expérience sensorielle et sonore en intérieur avec l’eau. Le Christal Baschet, le tambour d’eau, les bulles soufflées amplifiées, les gouttes qui donnent le rythme, la voix qui se fraye un chemin, pose les sons et les mots de l’eau au creux des oreilles. Ecouter… ressentir aussi… le frais… le picotement des gouttes sur la peau…

Des influences particulières ?

Je voulais mettre en pratique des découvertes et des apprentissages faits au Vietnam. L’improvisation musicale sur le Dan Bao, l’improvisation vocale autour d’une chanson et la technique du chant vietnamien. Et aussi m’inspirer du travail de Max Van der Vorst pour l’exploration des sons avec des objets détournés. Dans le travail de la voix mes influences se portent vers Meredith Monk, Sidsel Endresen, Géraldine Keller, André Minvieille…

Comment en êtes-vous venue à travailler avec les enfants et particulièrement les tout-
petits ?

C’est arrivé progressivement grâce aux Cies Lili Désastres, Médiane et actémothéâtre dont les créations sont tout public à partir de 9/12 mois. Elles conçoivent des spectacles en relation avec les émotions de l’enfant en proposant des dispositifs scénographiques intimes. J’ai tout d’abord
accompagné leurs spectacles comme scénographe/costumière, puis ensuite interprété certains de leurs spectacles. Je trouve que le rapport avec des enfants petits qui ont peu de filtres, est direct et très vivant. On ne peut pas se retrancher sur la scène en tant que comédien, musicien.
Les spectacles ont des formes où se mêlent à la fois simplicité et danger… Ce qui donnent à chaque représentation son lot d’imprévus, de nuances, de vie… Je trouve juste de s’adresser aux enfants petits avec des formes intimes, qui posent certains codes du théâtre en restant
cependant ouvert à ce qu’ils sont, avec leur énergie.

Le coup de cœur du moment ?

C’est un coup de cœur théâtral et musical vu pendant le festival Musica, L’Orchestre d’Hommes Orchestres joue à Tom Waits. C’est aussi l’ensemble de leur travail que je trouve très motivant. J’aimerais tout voir, mais ils sont québécois, ce qui ne rend pas les choses faciles…

Peut-on vous voir sur scène bientôt ?

Personnellement pas pour le moment. Un nouveau projet est en gestation avec Les Clandestines, des ateliers spectacles vont se réaliser à l’Espace Django et dans différentes de la région de Strasbourg et la Vallée de la Haute-Bruche, Jour de Blanc, un duo de chansons poétiques avec Kalévi Uibo est en route, tout ça pour 2018… Pour cette fin d’année, Hors la Voix, l’atelier de chants polyphoniques en amateurs que je dirige va chanter dans le cadre de « Fées d’Hiver » à l’Espace Colod’art grâce à l’Espace Django le 1er décembre.