DES BILLETS POUR CHACUN

 

 

Un projet est fait de multiples facettes qui, mises bout à bout, dessinent une cohérence, une direction. Certaines sont évoquées régulièrement. D’autres sont abordées plus rarement, alors qu’elles sont essentielles au bon fonctionnement d’une salle. Il en est ainsi de la billetterie. Benoît Van Kote, notre programmateur et Mourad Mabrouki, notre responsable de l’action culturelle, nous parlent de la billetterie Django et de ses opérations annexes, souvent transversales de leurs missions respectives…

 

 

Comment est venue cette idée de billets suspendus ?

Ben : C’est ça un peu la magie d’un projet qui nous prend aux tripes. Même sous la douche, on a des éclairs : « Tiens, ce serait bien de faire ça ! ». Comme je dis souvent on a plein d’idées, et le danger c’est que le projet Django nous donne les moyens de les réaliser !
Mourad : Une fois de plus, nous n’avons pas la prétention de tout inventer, les billets suspendus sont une adaptation des fameux cafés suspendus, transposés dans une salle de concert. Nous les avons simplement greffés à notre activité car ils correspondent à l’esprit de notre projet : permettre à tous de profiter d’un bon concert.

A qui s’adresse-t-elle ?

Ben : Finalement un peu à tout le monde. On peut prendre le concept par les deux bouts : d’un côté, toute personne intéressée peut acheter un billet suspendu et ainsi participer, adhérer et valoriser le projet global de la salle. De l’autre côté, bien entendu les billets suspendus s’adressent aux personnes en difficulté sociale.
Mourad : Sur cette idée de billet suspendus, nous avons souhaité pouvoir nous adresser à des gens qui ne fréquentent pas encore Django, parce ce qu’ils ne peuvent pas se le permettre, parce qu’ils ont d’autres choses en tête aussi. Nous nous appuyons pour ce faire sur de nouveaux partenaires, je pense au Carillon, à Caritas, Emmaüs ou encore le Secours Populaire pour ne citer qu’eux.

Et alors… Cela fonctionne ?

Ben : Déjà il a fallu rendre la chose possible techniquement. Je passe les détails mais les logiciels de billetterie ne sont évidemment pas prédisposés à intégrer un tel dispositif. Une fois opérationnel, nous avons nous-mêmes été surpris de l’engouement. Nous avons très vite vendu pas mal de billets suspendus !
Mourad : Oui, en toute franchise nous avons même été un peu dépassés. Pas évident de redistribuer tous ces billets rapidement. Il s’agissait avant tout d’une expérimentation, nos partenaires associatifs ont également été pris de court. L’idée est chouette mais derrière il faut identifier, convaincre et surtout accompagner le public bénéficiaire. Facile à dire, mais les réalités du terrain sont toutes autres. Aujourd’hui, nous écoulons progressivement les billets selon les demandes et les opportunités.
Pouvez-vous aussi nous parler des « bons concert » ?
Ben : Là aussi, il s’agit d’une idée issue d’une réflexion globale : comment aiguiser la curiosité des habitants du quartier ? Comment les amener à pousser les portes de Django pour voir des artistes souvent inconnus ? Le constat est simple :
une tarification modérée comme la nôtre est certes nécessaire mais elle est loin d’être suffisante. Aussi le processus d’achat, la démarche numérique, tout ça n’est pas évident pour tout le monde. Donc un « bon concert » a vu le jour pour aller directement aux habitants.

On en déduit que les tarifs réduits et spéciaux ne suffisent pas. Comment l’expliquez-vous ?

Mourad : Rien n’est mieux que le dialogue, l’échange physique, le bouche à oreille, pour donner l’envie de s’emparer d’une proposition artistique et d’un lieu. Les « bons concert » par exemple nous permettent de donner une place à 6€ de façon palpable et non virtuelle. En direct ou via des partenaires associatifs, ces bons sont comme des flyers à tarification privilégiée pour nos voisins. Ce n’est pas tout de savoir qu’on peut avoir un tarif réduit, encore faut-il aller le chercher. C’est aussi l’occasion d’une forme de médiation sur la prise d’un billet en ligne.
Ben : Le tarif peut certes être une barrière mais de loin pas la première. Même la gratuité d’un concert ne garantit pas son remplissage !

Au final, diriez-vous que la billetterie prend une place importante dans le projet Django ?
Ben : Oui absolument. La billetterie est un point essentiel pour toute structure culturelle. Elle est le lien entre le public et les propositions d’un lieu. C’est donc pour nous un élément très important, qu’il ne faut pas négliger. La billetterie doit s’adapter aux habitudes du public, à ses attentes ainsi qu’à ses possibilités. Avant tout, l’interface de billetterie est un service pour notre public, et c’est bien de là qu’il faut partir pour construire son développement.
Mourad : La billetterie est au service du projet Django, elle se doit d’être un facilitateur pour nos publics et non un frein. C’est pour ça qu’elle a pris des formes variées (gratuité, prix libre, bon concert, billet suspendu, tarif moyen à 15€…) et qu’elle s’appuie sur différents guichets : billetterie en ligne, réseaux complémentaires (France Billet, TicketNet, etc.), Boutique Culture ou encore Tôt ou t’Art qui met en relation les structures culturelles, sociales et médico-sociales.

Comment souhaitez-vous la voir évoluer ?
Ben : Nous avons déjà beaucoup réfléchi et avancé depuis notre arrivée à Django. Nous sommes arrivés à un système plutôt satisfaisant à mon sens. Nous avons récemment changé de prestataire de billetterie pour un système plus éthique et plus fluide, avec SoTicket. C’est un énorme travail qu’il faut aussi pouvoir absorber au sein de notre petite équipe mais nous sommes toujours en veille sur l’évolution du secteur.
Mourad : Au-delà de l’aspect technique, on peut toujours s’améliorer sur l’accueil et l’accompagnement des publics. C’est un élément clé pour nous. Nous sommes attachés au fait de venir à Django pour vivre une expérience. A nous de la rendre la plus agréable possible, surtout pour les nombreuses personnes qui continuent de découvrir notre salle, notre équipe et notre projet.