Miroir, mon beau miroir…

Voir Ayako Okubo et sa flûte dans les travées de la grande surface voisine de l’Espace Django, accompagnées de la danseuse Noëllie Poulain voguer dans les rayons, avait ravi autant que surpris. Une restitution de résidence qui s’est poursuivie devant la boulangerie, sur le parking et à même le parvis de la salle. Une rencontre qui a accouché d’une folle semaine de récréations artistiques dédiées à la musique contemporaine. Plusieurs happenings « surprise » menés depuis novembre dans les lieux d’accueil parents-enfants. Bref, un drôle de parcours dont nous parle la flûtiste d’HANATSU miroir.

HANATSU miroir est un ensemble de musique contemporaine qui agit à plusieurs endroits – la création, la diffusion, la médiation, ceci au travers de plusieurs médiums : pouvez-vous nous présenter votre compagnie ?

Nous avons créé HANATSU miroir avec Olivier Maurel qui est percussionniste, en 2010. Après nos premiers concerts en duo, nous avons rapidement eu l’envie d’étendre l’effectif à d’autres instruments mais aussi à d’autres arts comme la performance, la danse, la peinture, certaines formes théâtrales ou poétiques, la vidéo… Nous avons eu envie « d’augmenter » les œuvres que nous jouions en proposant à l’auditeur de nouvelles situations d’écoute ou des portes d’entrées qui emmènent l’ouïe via d’autres sens : dégager ou mettre en avant la forme et le sens de l’œuvre par la scène. Le projet que j’ai développé l’année dernière avec l’Espace Django est un duo flûte-danse, « de l’air et de la gravité ». Noëllie Poulain danse et je joue des pièces du répertoire contemporain pour flûte.

« Ces situations au cœur du public permettent de démystifier la musicienne ou danseuse, et permettent également différents “états” d’écoute »

Vous êtes intervenus à plusieurs reprises lors de nos récrés musicales. Sans doute une nouveauté pour votre duo ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

L’un des moments marquants de ces interventions a été l’écoute totale et surprenante de l’ensemble d’une cour de récréation lors de l’une de nos interventions. Nous sommes arrivées par « surprise » au milieu des enfants et toutes leurs oreilles se sont focalisées sur le son de ma flûte et leurs yeux sur les mouvements de Noëllie. Le contraste avec la densité de l’activité de la récréation était fascinant. C’est une situation tellement inattendue ! Bien sûr, assurer une continuité entre la cour d’école et l’extérieur est tellement logique. Observer les différentes qualités d’écoute et de concentration, situer la musique dans l’environnement direct de son public, sont des actions qui sont très importantes pour renouveler notre rapport à celui-ci. Ces situations au cœur du public permettent de démystifier la musicienne et/ou la danseuse, et permettent également différents « états » d’écoute : une fois que nous sommes intégrés  comme éléments de la vie courante, le public n’est pas captif mais peut choisir de se laisser capter ou au contraire de vaquer à ses priorités. C’est une nouvelle façon de rendre actif un public, il faut travailler dans la régularité.

La musique contemporaine est souvent méconnue des plus jeunes : qu’avez-vous pensé de leur qualité d’écoule dans les cours de récré ?

Ce jeune public n’est pas encore formaté par les codes d’écoutes. Dans les cours de récréation dans lesquelles nous sommes allés jouer, les enfants ont étés captivés par le son et le mouvement. Leur curiosité attire leurs oreilles vers tous les sons, surtout ceux qu’ils n’ont jamais entendus ; ils sont prêts à découvrir et apprécier des structures qui sortent des modèles connus. Le jeune public est souvent plus réceptif à la musique contemporaine que le public plus âgé. Depuis le mois de novembre, vous menez aussi avec l’Espace Django des performances dans les lieux de la petite enfance et autres lieux d’accueil parents-enfants. Une sorte de mix entre happening et atelier.

Pouvez-vous nous en dire plus ? Pourquoi avoir développé ce format ?

Depuis quelques années, je développe avec l’ensemble les ateliers HANATSUmini : des moments pour offrir aux tout-petits des expériences musicales sur scène dans des conditions de spectacle. Nous les organisions jusque-là conjointement à nos créations dans les murs de l’Espace K. Ce que je propose avec l’Espace Django est légèrement différent : il s’agit d’amener nos musiciens dans la crèche pour un moment d’écoute. Avec Noëllie, je mets en place un atelier corps-musique. Avec le contrebassiste Stéphane Clor, nous travaillons sur la notion d’objet sonore et de créativité musicale. Le projet est d’intervenir plusieurs fois dans différents établissements pour sensibiliser largement les tout-petits aux musiques de création.

« Les règles d’écoute et de création sont toutes à inventer et nous pensons que c’est une très belle façon de construire les individus de demain »

Quels sont vos projets à venir ? D’autres envies à Django ?

Nous avons des créations ponctuelles en projet avec l’ensemble mais c’est important pour nous de poursuivre notre travail de médiation auprès de tous les publics, et ce au cours de l’année. La musique contemporaine est pour l’auditeur et le compositeur un espace de liberté. Pour les enfants, c’est une ouverture de l’oreille où ils peuvent choisir des bruits et les transformer en son, puis les agencer afin qu’ils deviennent musique. Les règles d’écoute et de création sont toutes à inventer et nous pensons que c’est une très belle façon de construire les individus de demain. Par ailleurs les actions entamées avec l’Espace Django concernent jusqu’ici le très jeune public et nous avons le souhait de les étendre aux collèges et lycées. L’espace public reste également un terrain d’inspiration formidable. Si par la suite nous pouvons amener nos créations sur le plateau de l’Espace Django et les partager avec ce public ainsi sensibilisé, nous en serons très heureux.

Focus : 

Prochaine tournée des récréations artistiques du 25 février au 1er mars 2019 avec un « Bal folk » pour enfants et familles. Des mélodies ressorties de la mémoire collective d’ici et d’ailleurs adaptées aux possibilités des plus petits pour les mettre en danse avec Ana Dajas (violon, chant), Hervé Berger (percussions) et Sébastien Jeser (accordéon diatonique, contrebasse). Un moment festif où chacun est invité à danser, pour vivre une expérience pleine de surprises, d’étonnements, d’émotions et bien sûr de musique !