MAI – Le Concert Caché – 14.05.19

Que je vous en dise un peu plus sur moi (la meuf a un souci d’ego ce matin – non promis, c’est pour améliorer l’effet littéraire [par contre le dédoublement de pensée, c’est tellement parce que c’est la saison des Gémeaux] – hm, bon je reprends), que je vous en dise un peu plus sur moi, donc. 

 

J’aime quand les post-it sur mon bureau sont tous de la même couleur. Les listes à puces c’est ma passion. Je suis capable de prévoir le menu de Noël en août. Je suis du genre à réserver une place de TER 3 mois à l’avance sur un trajet en semaine. Je ne marche pas sur les grilles d’égout au cas où elles céderaient et je suis rarement capable de poser mon pied à cheval sur deux couleurs de pavé différentes. Je ne vais jamais au supermarché sans une liste de courses, j’ai régulièrement des bouffées de chaleur quand je m’applique trop en mettant du mascara. Je déteste quand je surligne des choses et que le fluo fait baver mon stylo. Du coup, la plupart du temps, je fais d’abord le trait au fluo puis j’écris par-dessus. Des fois j’angoisse le samedi parce que je me suis levée trop tôt pour faire plein de choses et que je devrais me reposer. Quand je me lève tard, j’angoisse parce que je viens de perdre 2h de ce précieux week-end à dormir. J’ai une playlist de « bruit rose » que je mets à fond dans mes écouteurs et une appli de gestion du stress.

Bref.

J’ai des petits soucis d’anxiété au quotidien. (… ce qui ne m’empêche pas d’oublier mes clefs, de perdre ma CB trois fois par semaine, de ne jamais avoir deux chaussettes assorties et de laisser traîner mes affaires partout).

Enfin, après ce point, plongeons nous dans le déroulé de la journée du Concert Caché.

Tout commençait tranquillement à l’Espace Django en ce mardi 14 mai.
Je suis arrivée dans un hall aux portes vitrées grandes ouvertes sur le patio, on entendait le bruit du vent dans les feuilles et ça sentait le café tout chaud. On se serait cru un matin de vacances. J’étais contente. C’était complet et puis y’avait rien à préparer vu qu’on n’était pas à Django (Concert Caché, duh).

Et ensuite… une journée de boulot dans les pattes, 17h arrivant accompagné d’un petit mal de crâne persistant et de la douloureuse réalisation qu’on était que le deuxième jour de la semaine, bah… tout ça, ça m’a un peu soufflé.

Pourtant j’adore les concerts cachés. Les gens sont tous déboussolés, ça lance des hypothèses en espérant sans trop y croire, et l’ambiance de colo dans les bus est assez cool. Et puis je savais que ça allait marcher, les gens seraient surpris et trop contents, la météo était de notre côté, en gros, la soirée idéale pour quelqu’un comme moi qui aime « viser juste ».

Ah oui parce que je sais pas si vous savez, mais j’aime quand c’est à peu près bien fait et que tout le monde est content.

On a reçu tout le monde à Django, y’avait, comme toujours, deux clampins qui avaient pas de billets et qu’on a réussi à faire entrer quand même parce qu’on est trop gentils, puis le temps à patienter en se regardant un peu dans le blanc des yeux, et enfin le trajet en bus avec Henri qui hurle « EEEEEEEEEH [insérer phrase habituelle ici] !!! ».

On finit par arriver au lieu-surprise, au milieu des arbres, de vieux bâtiments à colombages et de bottes de pailles : la Ferme éducative de la Ganzau.

Ciel lavande et pêche melba, tout le monde s’éparpille, ça sent la tarte flambée, le feu de bois, la paille, les bébés lapins nous lèchent le bout des doigts, y’a des dindons, des cochons, des moutons, tous les animaux en -ons du monde, c’était beau.

… Mais il faisait un peu froid, zut. On aurait peut-être du prévenir les gens…? Et puis ils attendent longtemps, ils vont pas avoir trop froid ? Oh, et Henri me hurle dans les oreilles et postillonne de partout, bon, c’est dans combien de temps le concert, les gens vont s’impatienter nan ? Et je tourne en rond, et on a pas le détail de qui peut manger quoi en demandant à qui et en quelle quantité, est-ce que je demande, j’demande pas, j’ai même pas de veste Django, merde, comment je fais, et puis pour une bière, oh nan quand même, j’vais pas gratter une bière, imagine ils me demandent de la payer, bah oui ils me connaissent pas ils m’ont jamais vu, et j’ai pas d’argent sur moi, j’y ai pas pensé, mais mince j’suis trop bête, ah, ça y est, on ouvre la grange.

La grange, là où y’a le concert quoi !

C’est beau, bien éclairé, les gens prennent plein de photos et Vurro, l’homme au crâne de vache, débarque. C’est trop fou, ça tombe trop bien, et quand il se met aux claviers et lance son rock’n roll en frappant le rythme sur les cymbales de ses cornes, on pouvait se dire qu’on avait réussi notre pari.

Oui mais voilà.

L’espace scène est étriqué. Tout le monde ne voit pas. En fait, à part les gens sur les deux premières lignes, personne ne voit. Et je m’y connais, en concert qu’on voit pas, j’fais 1m60. On devrait faire quelque chose. On devrait faire quelque chose non ? Ils ont quand même payé pour voir un concert, non ??? Et ils le voient pas, faut faire quelque chose. Eh, oh ?! Non ??

Je commence à tourner en rond comme un (petit) requin (joufflu).

Ça m’énerve. Ça me stresse.

Je vois les gens s’agiter, se mettre sur la pointe des pieds.

Je finis par repérer des palettes et embarque 3 volontaires avec moi pour les empiler. Hop, palettes prises d’assaut par les spectateurs.

Ça m’énerve.

Ça prouve qu’il y avait un souci.

Requin joufflu requin joufflu requin joufflu.

Et bon, maintenant… personne ne danse. Pourquoi personne ne danse ? C’est du rock’n roll, et tout le monde reste planté là, dansez les gens, allez !!!

Ça m’énerve, ça me stresse.

Pourquoi rester là à regarder (et pas bien voir !) un type qui joue, il joue pas pour que vous restiez en rond autour de lui, non?

Le concert finit sans qu’on ait réussi à lancer un vrai mouvement de foule.

C’est nul, ça m’énerve, ça me stresse.

Et puis faut partir et les gens comprennent rien, partent trop tôt, on leur dit de revenir mais le bus arrive finalement en avance, donc ils repartent aussitôt dans l’autre sens, et en fait y’a pas deux bus comme prévu, y’en a qu’un, et pas au bon horaire et certains qui avaient la flemme d’attendre sont partis à pied, et mes bénévoles replient tout et ne peuvent pas partir, Ben ne peut pas me renseigner parce que lui s’occupe de l’artiste, Pierre et Mourad ont bougé, il fait nuit, requin requin requin, et qui les raccompagne, hein, il fait froid maintenant, on est plus rien qu’une poignée d’idiots là à tout replier, à l’autre bout du Neuhof, et comment on fait maintenant, pourquoi personne m’a prévenu, c’est pas ça qu’on avait dit, si on faisait comme on avait prévu, y’aurait pas eu de soucis, et personne n’est joignable et j’ai envie de chouiner mais je vais pas m’afficher comme ça quand même, mais putain pourquoi personne ne fait comme on avait dit ???

Les bébés lapins dorment, je peux même pas leur faire des câlins, j’ai envie d’aller me coucher, de taper du pied, de chouiner un peu et beaucoup même, ce concert c’était nul, les gens ont même pas dansé à quoi ça sert un concert de rock où personne ne danse ???

Je suis rentrée chez moi en boudant, en tirant la gueule, en râlant et pleurnichant, et oui ce sont des choses différentes et j’arrive à toutes les faire simultanément et très bien.

Voilà, le concert caché c’était super, allez lire l’article Rock’N Fool dessus, il est bien fait. Moi j’ai trouvé ça nul. Mais c’est parce que moi aussi j’suis nulle des fois.