LES VERSUS DE PELPASS

Du 12 au 14 mai dernier, les groupes strasbourgeois Schnack (transe rock) et Cheap House (électro band) ont préparé à Django leur « versus » (programmé à Django le 14/11), présenté le samedi 18 mai à l’occasion du Pelpass Festival. Chaque année, cet événement fait la part belle aux artistes du coin à travers ce projet original qui consiste à organiser leur rencontre musicale sur scène. De quoi les souder encore un peu plus et donner à entendre aux publics une série de morceaux revisités. François-Xavier Laurent, chargé de communication de l’association Pelpass, revient avec nous sur les origines et les intentions de ces versus. 

Comment est venue l’idée des versus ?

L’idée des versus est venue lorsqu’on a fêté les 10 ans de l’association (les prémisses du Pelpass Festival). À l’époque, on avait envie d’inviter tous les copains croisés sur les 10 dernières années pour faire la teuf ensemble. Mais il y en avait un peu trop, donc on s’est dit qu’on pouvait les inviter à jouer ensemble ! Ça a donné des Adam & the Madams vs Dirty Deep, 100% Chevalier vs Pauwels, etc. Cette idée nous faisait bien délirer et les groupes ont commencé à nous proposer d’eux-mêmes des projets versus. On a donc voulu pousser ce concept un peu plus loin en proposant un vrai accompagnement avec des résidences et des captations vidéos. Ça s’est pas mal développé au fur et à mesure, et on est maintenant à 13 versus sur 3 éditions du Festival. Cette année, on a même poussé au Grand Est avec des groupes qui venaient également de Reims et de Nancy.

Une façon de rapprocher nos artistes locaux en croisant leur pratique respective ?

C’est super intéressant de voir le résultat de ces versus, ça a donné à chaque fois des projets bien différents. Parfois, c’était simplement deux groupes qui venaient jouer les morceaux des uns des autres, en formation plus « fat ». Parfois, on avait des hybrides, avec des créations faites uniquement pour le Festival. Et plus récemment, on a de vrais groupes qui se sont créés. Je pense notamment à Ian Caulfield et Flo Chmod qui ont fait leur versus cette année, ils ne se connaissaient pas du tout avant de travailler sur ce projet, on les a fait se rencontrer et ça a super bien matché entre les deux ! À la base, ils ont chacun un projet solo et font de la musique plutôt mélancolique. Là, ils voulaient se lâcher et ça a donné un duo punk rock qui envoie bien. C’était vraiment chouette de voir qu’une toute nouvelle dynamique s’était créée entre les deux.

Lors du Festival, vous avez programmé 4 versus. Pourquoi ces groupes ? Comment se sont construites les combinaisons ?

Au début, on proposait nous-mêmes les versus directement aux groupes mais au fil des années, on a eu de plus en plus de propositions venant d’eux- mêmes. Ça se fait un peu en fonction de nos envies et des motivations des artistes ! Cette année, on avait deux projets qu’on devait faire l’an dernier et qui n’avaient finalement pas pu avoir lieu. On les a donc reconduits cette année : Notilus vs Albinoïd Sound System et Les Garçons Trottoirs vs Les Bredelers. Se sont ajoutés à ça Schnack vs Cheap House. Pour le coup, l’idée venait d’eux. Ils sont venus me voir à la rentrée pour me dire qu’ils étaient vraiment motivés à proposer un truc en commun, ils en avaient parlé entre eux et ce sont des projets qu’on a déjà fait jouer, qu’on aime beaucoup, ça nous paraissait donc logique de leur laisser une place. Enfin, pour Ian Caulfield vs Flo Chmod, ça s’est fait un peu différemment. On a fait jouer Ian sur Paye ton Noël cette année et on a adoré son projet. En parallèle, on avait une réflexion sur le fait d’étendre les versus locaux au Grand Est. On avait commencé des discussions avec le Polca (Pôle musiques actuelles de Champagne-Ardennes), qui nous avait proposé pas mal de groupes de Champagne, dont Ian. On a donc construit le versus autour de ça. Ensuite, on a cherché des artistes de Strasbourg avec qui ça pouvait coller et on a pensé à Flo Chmod. Julien du label Deaf Rock a pris le relais pour leur permettre de faire leur créa et coordonner le tout.

Cette année, des résidences ont été organisées en amont du Festival dans plusieurs lieux strasbourgeois. Pourquoi cette nouveauté ? Tu as senti la différence sur scène ?

Pour cette édition, on avait envie de plus accompagner les groupes sur ce projet. Puisque le principe, c’est de faire une création, il nous paraissait logique de proposer une résidence. Bloquer un temps pour permettre aux groupes de travailler en salle, dans des conditions techniques optimales. On a alors rencontré des acteurs avec qui on avait envie de travailler et ça a débouché sur des collaborations avec l’Espace Django, le PréO à Oberhausbergen et les Studios Mascarons. Ce qui a été chouette, c’est de voir que du côté des lieux, il y avait un réel engouement à recevoir ces projets. Ça a créé de belles synergies car même si on se connait très bien, on n’a pas toujours l’occasion ou le temps de travailler tous ensemble et de pouvoir échanger autour de projet qui nous rassemble. Tout ce travail s’est ressenti sur scène, les groupes étaient très à l’aise dans l’exercice et il y a eu de nombreux morceaux « inédits ». Ils ont eu plus de temps, plus de moyens aussi pour se concentrer sur la création, l’échange artistique, et ça s’est vu/ entendu !

Quels sont les retours du public devant ces concerts hybrides ?

On a eu beaucoup de bons retours sur les concerts à chaque fois. J’ai tout de même l’impression qu’une partie du public n’a pas tout à fait cerné que ces projets jouaient exceptionnellement ensemble le temps du Festival. Ils les voient comme des groupes à part entière, c’est donc pari réussi ! Pour les autres, je pense que ça intrigue quand on connait les groupes de base, voir ce que la rencontre des deux peut donner. C’est une idée qui plaît bien en général.

Les groupes continuent-ils à travailler ensemble une fois le versus terminé ?

On ne veut rien imposer aux groupes. On aimerait beaucoup que ces projets se développent mais avec des emplois du temps bien chargés, j’imagine que ce n’est pas toujours évident d’accorder les agendas de 7 ou 8 personnes (parce que deux groupes ensemble, ça fait souvent un paquet de musiciens !). Par contre, ça donne des idées à plus d’un, je sais par exemple que Petseleh, après son versus avec Joy & Glory en 2017, a beaucoup plus travaillé son projet en « full band ». Cette année, Notilus vs Albinoïd Sound System devrait avoir quelques dates la saison prochaine. Je sais également que Schnack vs Cheap House voudraient réitérer l’expérience et ça ne m’étonnerait pas qu’on les recroise dans le coin un de ces quatre. Pour ce qui est de Ian et Flo, c’était un peu particulier encore une fois puisqu’ils ont vraiment créé un groupe à part entière, avec des idées plein la tête : enregistrer un disque, essayer de faire tourner le projet, etc. Rien de sûr pour l’instant mais c’est chouette de savoir que ça crée des envies et des réflexions comme celles-ci.

Un versus en particulier a-t-il marqué les esprits cette année ?

Je ne pourrais pas vraiment dire qu’un versus en particulier nous a marqués, ils proposaient tous des choses complètement différentes, entre de l’afrojazz, du math-rock- techno, un bass-batt punk, un mix de chanson française et de punk alsacien… Chaque projet avait sa particularité. Ce que l’on peut en retenir, c’est que les musiciens étaient ravis de participer au Festival et de le faire en versus. Du point de vue du public, certains ont préféré l’un ou l’autre mais ils ont tous été bien accueillis. C’était une belle réussite sur cette édition !