LA PARTIE ÉMERGÉE DE…

Nous sommes très heureux de rejoindre en ce début d’année le dispositif transfrontalier Iceberg, cette opération initiée par les Eurockéennes de Belfort et la Fondation suisse CMA. Treize structures participent désormais à ce projet collaboratif visant à faire se croiser des réseaux et des territoires au service d’artistes émergents. Dans ce cadre, nous allons parrainer le strasbourgeois T/O, qui va pouvoir bénéficier pendant 1 an de temps de travail, de rencontre, de création et de diffusion privilégiés, censés lui permettre de poursuivre son développement. Jean-Paul Roland, directeur des Eurockéennes, nous en dit plus sur ce projet, sa 4e édition et l’ouverture à de nouveaux partenaires comme l’Espace Django.

L’opération Iceberg est devenue en peu de temps un dispositif incontournable en matière d’accompagnement. Comment est-elle née ? Quel en est l’ADN, le principe directeur ?

D’un projet européen initialement soutenu par des fonds dédiés, nous avons imaginé cet accompagnement artistique expérimental comme une nouvelle aventure artistique et territoriale à vivre et à partager entre des salles de musiques et une dizaine d’artistes repérés sur un espace géographique identifié de l’Alsace à la Bourgogne-France-Comté et en Suisse frontalière. Il s’agit pour les Eurockéennes d’associer les clubs et salles d’un espace confraternel à inventer une nouvelle forme d’accompagnement basé sur la rencontre humaine et en évitant les écueils d’une direction musicale intrusive. Notre collectif, 13 salles de France et Suisse, offrent leurs espaces, leurs équipements et leurs compétences aux côtés des 2 initiateurs du projet, les Eurockénnes et la Fondation CMA* en Suisse qui font profiter de leurs expériences de la diffusion du live et de leurs réseaux national et international. Chaque année, une dizaine de jeunes groupes musicaux sont contactés pour leur envie manifeste d’explorer de nouvelles voies, musicales ou techniques. L’Opération Iceberg permet par exemple à un groupe hip hop de tester un accompagnement avec un trio à cordes, de rencontrer Pedro Winter** ou des programmateurs de radios nationales pour parler développement musical et choix de programmation musicale sur les ondes. Mais aussi le dispositif donne l’occasion de travailler avec Mike Ponton, guitariste de Dyonisos ou Côme Aguiar, musicien de Oxmo Puccino, à peaufiner son set live sur une scène équipée. Aucune obligation de résultat, juste des aventures humaines et l’occasion pour des artistes émergents de concrétiser ou prolonger un parcours musical.

*Consacrée aux artistes et aux musiciens, la FCMA les soutient dans l’organisation de leur stratégie, de leur activité et de leurs recherches professionnelles.

**Ex-manageur de Daft Punk, manageur de Justice et patron du label Ed Bangers.

Rares sont les initiatives qui associent plusieurs partenaires pour relever le défi du développement d’artistes émergents. C’est donc vrai : l’union fait la force ?

C’est la philosophie des Eurocks de partager avec d’autres d’autres partenaires leurs aventures artistiques. Le festival GéNéRiQ traduit chaque année cette forme collaborative comme l’étaient aussi les anciens Tremplins Eurockéennes qui associaient déjà les salles régionales autour d’une sélection d’artistes locaux. Plutôt que de surjouer solo le rôle du plus gros du poulailler du coin, il nous est naturel d’envisager des partenariats avec des acteurs locaux qui oeuvrent déjà à l’accompagnement artistique sur leur territoire, de bénéficier de tout l’équipement d’un réseau de salles en Suisse, de profiter de l’expérience d’exportation musicale comme le défend avec pertinence et réussite la Fondation CMA. Plutôt que l’union, c’est la diversité qui fait la force de l’Opération Iceberg.

Il y a deux petits nouveaux cette année. Peux-tu nous présenter les treize acteurs culturels franco-suisses engagés à vos côtés ?

2 régions, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, et 6 cantons, soit 13 salles de diffusion musicale forment le périmètre de ce dispositif transfrontalier. Côté français, l’Espace Django rejoint cette année le Noumatrouff de Mulhouse, la Poudrière de Belfort, le Moloco du Pays
de Montbéliard, la Rodia de Besançon et la Vapeur de Dijon. En Suisse, la Gravière devient un nouveau partenaire genevois au côté des Docks, du Romandie de Lausanne, du Port Franc de Sion, de la Case à Chocs de Neuchâtel, du Sas de Delémont et du Nouveau Monde de Fribourg. Tous reconnus pour leur grande expérience d’accompagnement et de repérage artistique. L’opération Iceberg joue la transversalité sur plusieurs niveaux. Outre celui décrit pour les artistes, elle permet également des échanges organisationnels entre structures et personnels des salles. Par exemple, les salles suisses s’enrichissent de l’expérience d’accompagnement artistique de nos partenaires français qui fait partie de leurs missions de SMAC. Tous ces échanges ont abouti à la diffusion libre d’un kit mobilité qui répond à toutes les questions relatives au statut d’artiste ou associatif, contrat, protection des œuvres, aide à la création, aux relations avec les manageurs, agents, producteurs… tout ceci afin de favoriser la mobilité des artistes et aider à leur structuration.

« Il nous est naturel d’envisager des partenariats avec des acteurs locaux qui oeuvrent déjà à l’accompagnement artistique sur leur territoire. (…) Plutôt que l’union, c’est la diversité qui fait la force de l’Opération Iceberg »

Pour cette 4e édition, 11 groupes ont la chance d’avoir rejoint l’aventure. Comment ont-ils été choisis ? Sur la base de quels critères ?

Plutôt que des critères objectifs comme celui de n’être pas encore signé sur un label ou d’en être à son 1er disque, nous avons opté pour des critères plus subjectifs comme une appétence à l’aventure artistique, ou celle qui propose un projet en évolution, qui augure des marges de manœuvres musicales. Un groupe Iceberg est celui qui, sur une poignée de morceaux enregistrés, laisse entrevoir un monde de possibles artistiques. Reste ensuite le passage à la scène, domaine d’expériences et d’expérimentations de l’Opération Iceberg.

Tu as déjà ton petit coup de cœur parmi cette promo 2019 ?

Une curiosité naturelle insatiable en particulier et un intérêt constant pour l’évolution des musiques populaires en général me rendent attentif chaque année aux projets de ces jeunes artistes proposés pour ce dispositif. Aux côtés de ceux déjà repérés dans l’année, j’avoue une grande hâte à découvrir sur scène Chien Bleu, rappeur genevois à l’univers déjà très marqué par un flow faussement dilettante. Idem pour le strasbourgeois T/O dont on parle beaucoup entre collègues et aussi dans les rédactions musicales spécialisées.

« Immersions, arrimages, grand bains », peux-tu nous décrire les différents temps forts qui attendent les groupes accompagnés ?

Trois temps d’accompagnement sont proposés aux artistes sur une année. Une résidence soit une Immersion de 3 jours dans une salle équipée avec un artiste qui, sans être formateur professionnel, invite à un partage d’expériences. L’Arrimage est une formation plus technique correspondant à un besoin identifié et sous des formes aussi diverses que des séances de sophrologie ou un apprentissage à l’utilisation de tel logiciel musical. Les Grands Bains sont les concerts proposés durant toute la période d’accompagnement dans les salles partenaires françaises et suisses et dans un réseau international de festivals.

Un message particulier à leur adresser ?

C’est le bon moment de tout tester !

« Aucune obligation de résultat, juste des aventures humaines et l’occasion pour des artistes émergents de concrétiser ou prolonger un parcours musical. »