GRENZENLOS (EUROPEAN MUSIC EXCHANGE), AU-DELÀ DES FRONTIÈRES

Les 19 et 20 mars dernier, nous avons accueilli un très beau projet de résidence croisée entre deux groupes aux univers proches, les strasbourgeois Albinoid Sound System (nos anciens pépiniéristes, à redécouvrir lors des prochains concerts aux fenêtres) et les munichois Karl Hector & The Malcoun. Pendant deux jours, ils ont pu se rencontrer sur scène, partager leurs influences, leurs inspirations, expérimenter ensemble et inventer un répertoire commun, restitué lors d’une soirée concerts qui a fait grand bruit ! Retour sur cette création transfrontalière avec Mr. P, à l’origine de cette initiative inédite.

Comment t’est venue cette idée de rencontre musicale ?

D’origine allemande, je réside à Strasbourg depuis 1995. Je me sens européen du fait de mes origines en partie belge et allemande et ayant grandi dans un environnement français. J’ai toujours eu le regret que malgré la volonté de promouvoir les échanges entre les deux pays moteurs de l’Europe, les actes d’échanges concrets se font rares. Du coup, l’idée m’est venue de me baser sur mon réseau allemand et français pour remédier à ce manque.

Une façon pour toi de bousculer les habitudes des musiciens ?

Disons que nous avons des musiciens de talent des deux côtés de la frontière et lors de tournées, les groupes n’ont que très rarement un moment de répit. C’est souvent arrivée/ balance/concert/dodo/ retour sur la route, ce qui ne facilite pas toujours des échanges approfondis. L’idée du projet est de remédier à ce manque de temps et de proposer aux groupes de s’enfermer dans une bulle de création pendant au moins deux jours pour avoir le temps d’échanger et de construire un répertoire commun.

Pourquoi ces deux groupes ? Pourquoi un groupe français et un groupe allemand ?

Le leader de Karl Hector (Jan Weissenfeldt) est un ami de longue date, c’est un énorme musicien & DJ. Il a accompagné bon nombre de musiciens africains en tournée. Les Albinoid Sound System sont également des musiciens de grand talent. On a un lien affectif puisque le groupe s’est crée et produit au Mudd Club, ce café-concert dont j’étais le programmateur. Connaissant les membres des deux groupes, je me suis dis qu’ils s’entendraient à merveille, ils sont tous multi-instrumentistes et ont des influences très diverses (afro/funk/psyché/rock). Le fait de les faire jouer ensemble ne pouvait que donner un résultat assez fantastique. Il est prévu par la suite de faire évoluer le projet et de l’élargir à d’autres pays. Mais pour démarrer, il était naturel au vu de mon parcours de choisir une rencontre FR-DE.

« Non, ils ne se connaissaient pas – mais ils parlaient la même langue « musique », qui est universelle comme la culture. »

Ils se connaissaient avant la résidence ? Ils parlaient la même langue ?

Non, ils ne se connaissaient pas – mais ils parlaient la même langue « musique », qui est universelle comme la culture.

Ce travail a été présenté une première fois. D’autres dates sont-elles prévues ?

Oui le projet dans son ensemble se déroule sur une année complète et je suis déjà en train de travailler sur l’année prochaine (développement vers la Suisse en vue). Les prochaines étapes sont une scène pour la Fête de la musique, plus orientée rock où un échange est prévu avec Dresde ou Leipzig. Puis vers début octobre, un format similaire axé hip-hop/jazz avec Stuttgart se tiendra à la Maison Bleue (fraîchement rénovée). Et pour bien finir l’année, on prévoit une association avec la Longevity Music School (workshop, masterclass, tables rondes, conférences sur la culture FR & DE et soirée) autour d’une couleur musicale plus électronique. Un autre événement, plus petit, aura également lieu en mai dans le cadre du OFF du NL Contest : un street-artist de Leipzig viendra peindre pour COLORS et nous allons mixer ensemble à la Kulture.

Envie de prolonger l’expérience, en conduisant de nouveaux projets du même genre ?

Oui, c’est la première année mais je pense que ce projet contient en soi l’idée d’un échange régulier, surtout dans notre région tri-nationale. Il est aussi question de proposer plusieurs dates pour chaque rencontre en montant des minis tournées des deux côtés de la frontière (Grand Est – Bade Wurtenberg).

Rapprocher les réseaux musicaux français et allemand, c’est donc possible ?

C’est bien parti pour ! Maintenant il faut enfoncer le clou et continuer dans ce sens là. Le but est de rapprocher les deux réseaux et d’augmenter les échanges via le tissu institutionnel et underground.