Deux mains sur scène, et bien plus !

L’accessibilité des concerts pour tous, quelle que soit sa situation, est l’un de nos nombreux engagements. Depuis la saison dernière, la plupart de nos concerts « à la bonne heure » sont ainsi traduits en langue des signes françaises. Née à la suite de discussions avec nos voisins de l’association Adèle de Glaubitz, en particulier les enfants du Centre Braille lors d’interventions artistiques menées sur place ou lors d’accueil de petits groupes pour nos découvertes de l’envers du décor, cette traduction chansignée est désormais récurrente. Elle est assurée avec brio par le collectif Deux mains sur scène. Rencontre avec Séverine et Rachel.

Comment est né le collectif Deux Mains Sur Scène ?

Par un heureux hasard, qui fait si bien les choses… Nous sommes toutes les deux interprètes en langue des signes, diplômées depuis plus de quinze ans. On avait chacune envie de voir notre métier sous un autre angle et un besoin de s’exprimer dans un autre contexte que notre travail quotidien. En 2010, Séverine a eu l’occasion d’adapter le spectacle pour enfants « à la Récré » du groupe Weepers Circus et de le traduire sur plusieurs dates. Cette initiative a séduit les publics et a été reconduite pour le spectacle suivant en 2013, dans différentes salles en France. Professionnellement et amicalement, ça matchait ! On a donc eu envie de tenter l’aventure ensemble, de la développer en rencontrant d’autres salles et d’autres artistes. Et nous avons eu la chance depuis 8 ans d’en rencontrer beaucoup et pas des moindres, de Cali à Yves Jamait en passant par Catherine Ringer et les Brigitte, Aldebert, Léopoldine HH, les Garçons Trottoirs, Thomas Schoeffler Jr ou HK et les Saltimbanks, Buridane, Aelle, Paul D’Amour, etc. Le chansigne nous a permis de vivre des moments très forts. Et nous sommes fières de vous annoncer que depuis cette année, nous avons officialisé notre collectif par la création d’une association !

Depuis quand « chansignez- vous » les concerts à l’Espace Django ?

Depuis novembre 2017, et on espère continuer encore longtemps ! C’est une salle particulière pour nous, de par ses valeurs d’ouverture aux publics, de développement de l’accès à la culture à tous et pour tous que nous partageons. De par sa programmation aussi, originale et atypique, qui nous pousse à relever de nouveaux défis. On passe quand même du blues rock à l’opéra en passant par le hip hop. Et pour son équipe enfin, qui nous accueille et nous soutient avec bienveillance et énergie.

« Rendre la musique “visible”, son rythme, l’émotion qui découle des textes »

Comment s’est passé cette rencontre ?

La réputation de cette salle concernant la programmation (artistes locaux, styles originaux et variés), sa politique et ses actions concrètes à l’égard des publics dits « éloignés » de la culture, avec une vision inclusive, a forcément titillé notre curiosité. Notre rencontre avec Mourad Mabrouki a confirmé que nous avions les mêmes objectifs : donner accès au spectacle vivant à un public qui n’en n’a pas la possibilité ou l’habitude, et mixer les différents publics. La collaboration s’est faite ensuite tout naturellement.

Gardez-vous un souvenir particulier de ces concerts ?

Plusieurs même ! Chansigner pour la première fois un concert en anglais (merci encore Thomas Schoeffler pour son accueil et sa gentillesse). Se retrouver à la fin de ce concert face à un petit garçon sourd qui me demande si je suis moi- même sourde, et me dit qu’il a adoré parce qu’il a tout compris. Traduire un opéra, Roméo et Juliette, ça aussi c’était une sacrée aventure !

Que peut-on souhaiter pour l’avenir du chansigne ?

Qu’il se développe et surtout que cela devienne « normal ». Les personnes sourdes ressentent les vibrations mais pour participer pleinement à un concert, comme tout un chacun, il faut qu’elles puissent comprendre le sens des paroles. Ce que nous voulons, c’est permettre à tous de partager cette expérience et ce ressenti du spectacle vivant. Rendre la musique « visible », son rythme, l’émotion qui découle des textes : ça c’est notre travail d’adaptation. Si nous pouvons promouvoir la langue des signes et rendre concret le beau concept d’inclusion, alors le pari est gagné pour tous !