DE L’AUDACE ARTISTIQUE À L’ÉCOLE !

Faire infuser, occuper chaque espace de l’école, tantôt à travers la pratique, tantôt au moyen d’impromptus, et laisser le tout faire son chemin. Parfois un très long chemin. C’est le sens de notre engagement aux côtés des nombreuses écoles du Neuhof. L’école Reuss, voisine de l’Espace Django et son directeur Pierre Lefèvre, sont convaincus comme nous du rôle que peut jouer la relation à l’art dans la construction de soi, dès le plus jeune âge, la maternelle en l’occurrence. Ils sont donc eux aussi très investis à cet endroit, et ouverts aux différentes propositions que nous pouvons leur soumettre. Pour le plus grand bien des enfants. Rencontre.

Pierre, comment as-tu commencé à travailler avec l’Espace Django ?
En toute honnêteté, j’ai répondu à une invitation de Django qui proposait à des classes de venir assister à un spectacle. Le lien entre nos deux structures n’a pas été immédiat. Il a fallu apprendre à se connaître et ce n’est qu’au bout de quelques expériences partagées que la symbiose a pris. Dans cette belle rencontre, il faut souligner le rôle de Joëlle, grande fédératrice sur le secteur Stockfeld en qualité de coordonnatrice du réseau pour l’éducation prioritaire. C’est elle qui nous a mis en relation. D’abord consommateur, nous avons (re)découvert l’énergie de l’expression artistique qui se cache en chacun des enfants que nous accueillons. Des rencontres avec des artistes, tantôt à Django, tantôt à l’école, ont fini par nous convaincre de sceller notre union. Pour la plus grande joie, chaque fois, de nos élèves et toute l’équipe éducative.

« L’école du dehors », « l’art à l’école », des pédagogies renouvelées à l’écoute du rythme de l’enfant en lui laissant plus de liberté et d’autonomie… L’école Reuss s’inscrit-elle dans cette série de démarches ? La place qui est accordée aux projets artistiques participe-t-elle de cette approche ? 

Il est souvent difficile de sortir des sentiers battus ; qu’il est rassurant de faire classe en classe. Et pourtant, il est parfois amer notre constat. On a beau mettre en place toute notre énergie au service de la réussite des élèves, les années passent et se ressemblent trop souvent. Si la stabilité dans une équipe est source de confiance, son renouveau est aussi l’occasion de lever la tête du guidon et se poser de nouvelles questions. Cela fut le cas il y a quelques années lorsque les collègues ont souhaité se repositionner sur des fondamentaux et plus particulièrement sur une autre manière d’apprendre. Faire classe en classe ne donnait pas les résultats souhaités ; il fallait envisager de faire classe autrement, ou ailleurs. De la même façon que nous avons engagé notre pédagogie sur des expériences concrètes observées dans différents pays européens (les Kindergarten), de l’école Jacqueline à Strasbourg (l’école du dehors), nous avons aussi choisi de positionner l’enfant dans un parcours artistique tout au long de sa scolarité. Qu’il s’agisse du CEAAC, de la médiathèque, de projets ACMISA, des musées de Strasbourg, des arts du cirque, du land art et bien entendu de Django, il était important pour l’école de repasser par l’expression artistique comme vecteur des apprentissages. Depuis plusieurs saisons, nous intervenons dans vos murs de plusieurs façons, avec notamment des récréations artistiques et des ateliers.

Ces moments à part influencent-ils les apprentissages, et plus largement la vie au quotidien dans l’école ?

Cela fait plusieurs années que l’école vit au rythme de projets impliquant l’ensemble des usagers (parents, enfants, équipe éducative, partenaires).Les récréations musicales participent de manière intime aux apprentissages engagés dans les classes, elles viennent comme des cadeaux, des surprises, on les attend toujours avec bonheur. Rythme, musicalité, chant, écoute, découverte de l’autre, expression orale et corporelle sont autant de moments clés travaillés en classe, dont la genèse découle parfois de nos rencontres avec les artistes. Les récréations musicales sont des moments de partage qui valorisent les émotions des enfants et leur libre expression artistique.

Vous avez été retenus parmi les cinq finalistes nationaux pour le Prix de l’audace artistique et culturelle (félicitations !), grâce au projet Du bout des oreilles de la compagnie BaOmen mené avec la classe de toute petite section, en partenariat avec la DRAC, la DAAC (Délégation Académique à l’Action Culturelle) et nous-mêmes. Peux-tu nous en dire plus ?

C’est avant tout une belle aventure entre des professionnels aux univers bien différents, déclinée par des enfants de 2/3 ans. Être sélectionné parmi les finalistes vous donne des ailes, cette récompense est avant tout le signe de la grande détermination d’une équipe qui depuis des années a bien compris que l’expression artistique est un support au service de tous les apprentissages. L’âge n’aura jamais été un obstacle à la rencontre de ces enfants avec un artiste, contrairement aux idées reçues. L’art est entré à l’école comme un facilitateur de leur expression au naturel. Cette belle surprise, encore une fois, vient assurément récompenser la détermination d’une enseignante, Isabelle, qui porte d’ailleurs avec convictions et qualité au sein de l’école ce vent de renouveau.

Quel regard portes-tu sur notre proximité géographique ? Est-ce un plus selon toi pour la conduite d’actions communes ?

La proximité géographique est sans aucun doute un atout. Elle nous permet de fréquenter plus facilement ce lieu culturel, de rebondir au dernier moment sur une proposition de spectacle sans contrainte liée à un déplacement en bus scolaire, elle favorise les échanges et construit année après année, un tissu relationnel fort de personnes ressources et une véritable amitié aux ambitions partagées.