C’EST QUOI ÊTRE ARTISTE ?

Et si l’on donnait la parole aux artistes ? Pour comprendre ce choix d’être artiste. De l’intérieur. Apprendre à mieux les connaître, au travers de leur parcours, leurs convictions, leur mode de vie. Saisir ce besoin de créer, de donner forme mais aussi le rapport à la scène et aux publics. Telle est l’intention d’APARTE, le nouveau rendez-vous de l’Espace Django, lancé le 23 mai dernier avec l’artiste franco-vénézuélienne La Chica. Des échanges sans filtre, ouverts à tous, aux musiciens bien sûr, émergents, confirmés, du coin ou d’ailleurs mais aussi à toutes les personnes curieuses, qui auraient à cœur de répondre avec nous à cette question : pourquoi devient-on artiste ? Eli Finberg (FreeZ, Tipping Point Production, Freestyle Mondays…), lui-même artiste et animateur de ces discussions, revient avec nous sur les origines et l’intention de ce projet.

Pourquoi APARTE ? Pour mettre des mots sur un métier, un engagement, finalement assez méconnu, celui de musicien ?

Il y a tellement de stages, des conférences et des tables rondes autour de tous ces éléments qui entourent la musique (la communication, l’image, la promotion, le booking, le streaming, les synchros) que ça nous semblait très important de reparler de l’artistique, la base de ce métier. Oui, un artiste indépendant doit savoir faire plein de choses aujourd’hui, mais ce qui nous intéresse dans ces échanges, c’est de remettre la musique et l’artiste au centre.

C’est vrai que les artistes évoquent assez peu ce qui les animent, la radicalité quelque part de leur trajectoire et les conséquences qui vont avec, pas toujours simples malgré des moments merveilleux. C’est important à tes yeux ?

Le public voit les moments visibles (sur scène, les clips, les interviews, les images en studio) mais rarement tout le boulot invisible qui prend plus de temps, qui est moins glamour et qui peut être très dur (composition, répétition, tournée, remise en question, rejet). Et puis les artistes acceptent de vivre à un autre rythme (travailler le jour et la nuit, en semaine et week-end, en hiver et en été). Mais le choix d’être artiste paraît souvent comme une évidence. On accepte les sacrifices car nous ressentons profondément ce besoin de créer, de jouer et de partager.

Comment s’est passé le 1er APARTE ? La Chica était à l’aise pour parler d’elle, de son travail, de ses doutes, de ses succès et plus largement de sa place dans la vie d’aujourd’hui ?

Je trouve qu’on ne pouvait pas imaginer une meilleure première. Je suis très content de la manière dont ça s’est passé. La Chica était très à l’aise. Elle nous a parlé sans retenue de tout ce qui est relatif à son art, sa création, ses joies et ses doutes en tant qu’artiste. Elle a un parcours très intéressant, ayant accompagné d’autres artistes sur scène pendant des années avant de se lancer avec son propre projet. En bonus, elle nous a ouvert la jam session qui a suivi notre échange.

Un vrai moment de partage ! Les participants ont apprécié ce moment tout en confidences ?

J’ai eu plusieurs commentaires en ce sens, oui. Il y a eu des artistes, des gens qui travaillent dans la culture, des mélomanes et des curieux.

Les musiciens présents dans la salle sont ressortis rassérénés et motivés, unis dans une même vocation ?

J’espère que cet échange a permis aux artistes présents de sentir qu’ils appartiennent à une même scène, une même famille. C’est aussi l’occasion de se sentir moins seul, de rebondir sur des mots, des idées pour mettre en perspective son propre parcours.

D’autres APARTE sont prévus ce trimestre ? Tu peux nous en dire plus ?

Oui, c’est un rendez-vous que nous souhaitons reproduire régulièrement. Il y a une place pour ces échanges et quand nous trouvons des artistes qui ont à cœur de partager leurs expériences, nous souhaitons inclure le public dans ces échanges.

Et toi Eli, qu’est-ce qui te pousse à vivre de ton art, l’écriture, le rap ?

J’ai toujours été touché et fasciné par la musique. Je ressentais un lien spécial avec certains artistes dont j’admirais les chansons et les textes. Quand j’ai commencé à vouloir exprimer certains sentiments, certaines convictions, c’est naturellement sous forme de chansons que je l’ai fait. Quand l’inspiration arrive, on choisit de la suivre ou de l’ignorer. Ça me réjouit de la suivre et ça me contrarie quand mes obligations du quotidien prennent le pas sur ces moments magiques de création.

Aucun regret, aucun remords donc ?

Juste pouvoir trouver plus de temps pour créer, me dédier pleinement à la partie artistique de mon métier. En tant que musicien indépendant, je porte plusieurs casquettes et je dois jongler entre l’écriture, la répétition, le booking, le management, la com et la scène. Mais en même temps, je ne pourrais pas imaginer ma vie autrement…